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09 juillet 2009

Patricia Barbizet : le portrait


7 juillet 2009 :Intervention de Patricia Barbizet devant les membres du Club Horizons.

Préalablement à cette intervention son portrait par Pierre Vallet.

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Mme Barbizet, Patricia, bonjour,

Ah mes amis ce matin, c'est du lourd, du sérieux, du solide. Ca, je peux vous le promettre, je ne vais pas vous la faire en vers, en quatrains ou même en chanson - Patricia, I've just met a girl named Patricia (oui, ça marche) - même si nos plus grand fans eussent espéré y trouver matière à chronique...

Certes, peut-être conserverai-je un ton badin, placerai-je quelques ronds de jambe ou effectuerai-je une pirouette, il faut bien amuser la galerie - mais pour le reste, je ne me départirai pas d'un regard aimable empreint de modestie pour honorer notre invitée, cette jeune silhouette distinguée à la carnation légère et si j’en crois sa réputation au timbre rapide sise là, simplement, parmi nous, à peine à deux mètres cinquante de moi...

Non que notre invitée m'impressionne (laissons cela aux jeunes filles en fleur à l'ombre desquelles on s'épanouit et qui tressaillent à l'annonciation comme à la conception miraculeuse) mais tout simplement parce que Patricia, nous vous accueillons ce matin, comme le fantassin déployé en terrain piégé reçoit avec soulagement l'annonce de l'arrivée des services de déminage.

Oui, chers amis, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, compagnons, pour la première fois, nous recevons ce matin un éclaireur, un être de lumière.

L1040551 Bien sûr, les plus anciens se souviendront avec émotion du soldat Descarpentries, Jean-Marie de son prénom, venu il y a quelques années nous initier aux secrets des conseils d'administration... Hélas, ce guide suprême qui n'est pas un botti, emporté par son élan et le regard énamouré des fans qui l'entoure, avait restreint son propos aux considérations managériales et entrepreneuriales, et ne nous avait somme toute révélé que l’esprit de gaudriole pouvait être vivace en ces cénacles restreints…
 
C'est dire, Patricia, si vos enseignements, augures et confidences sont attendus. Vous allez nous parler d'un monde dont nous ne connaissons en réalité que peu de chose, d'un univers parallèle si proche et pourtant si éloigné que 99,99% d'entre nous n'y auront jamais accès, et encore je veux parler de ceux qui savent que cette 4e dimension existe.

Ce matin, c'est donc à vos côtés une traversée que nous espérons. Une opportunité unique et fugace de passer en votre compagnie de l'autre côté du miroir pour contempler le monde selon Patricia, notre univers tel qu'il est.

Car elles sont bien rares, ces occasions de lever un coin du voile, de découvrir l'envers des cartes, la réalité de ces Conseils de surveillance et d’administration ou sages et grands fauves rassemblés prennent les décisions qui impactent quotidiennement nos vies.

C’est un fait et vous n’y pouvez pas grand chose, vous évoluez dans un cercle très exclusif pour ne pas dire excluant, qui goûte peu la publicité, communique rarement, souvent sous la contrainte et de manière empesée, chaque mot livré ouvrant la porte à l’exégèse de savants et doctes qui tenteront de lire entre les lignes vos rêves inassouvis et vos pensées non exprimées…

En découle une incompréhension quotidienne, un sentiment d’amour déçu, l’amertume de l’inconnu, la frustration de l’invisible, le bal des intentions prêtées – on ne prête qu’aux riches me direz-vous - et plus prosaïquement un dialogue social bêtement miné par un  champ vocabulaire restreint fait de « salauds de patrons obnubilés par le capitalisme financier. »

C'est dire si votre témoignage nous est précieux car pour être tout à fait francs avec vous et parler sur un mode plus personnel, votre univers m'est si éloigné, qu'à vous considérer parmi nous, j'ai le sentiment d'avoir entre les mains un téléscope Hubble portatif qui me donnerait accès aux galaxies les plus lointaines, offrant à mes pupilles écarquillées la contemplation sereine des joies et peines stellaires…

Mais revenons si vous le permettez sur votre parcours. Née le 17 avril 1955, vous êtes la fille de l’artiste peintre Monique Cartier et du producteur de films Philippe Dussart qui a contribué aux riches heures du cinéma français avec Peau d’âne, Mon Oncle d’Amérique, Tout feu tout flamme ou encore Tenue de Soirée.

Diplômée de l’ESCP Europe en 1976 vous entrez dans la carrière en 1977 au sein du groupe Renault ou vous occuperez successivement les postes d’attachée de direction, trésorier international, trésorier groupe Renaud Véhicules industriels, directeur financier de Renaud Crédit International…

12 ans plus tard, en 1989, vous rencontrez un petit industriel avec un nom bien français : François Pinault. 
La décision est rapide et, comme le raconte votre époux, Jean Barbizet, directeur général de la division investissement de la Barclays Capital Paris : «Il a dû se passer un truc fort, car, le lendemain, elle décidait de quitter la Régie Renault, où elle était à la mode, pour cette boîte de bois inconnue"». Alors la légende veut que François Pinault vous ai dit : «Je ne sais pas ce que nous ferons. Mais nous ferons des grandes choses ensemble». Ce mélange d'affect et de relations d'affaires vous a séduit et vous formez depuis une équipe redoutable qu’Alain Minc raconte comme à son habitude avec ces mots bien à lui dont on ne sait jamais s’ils vous assassinent ou vous couronnent : « «Patricia Barbizet et François Pinault forment un duo complet, dit-il. Lui a un instinct de chasseur génial. Toujours en éveil, il voit le gibier, ne se trompe jamais. Elle, avec son intelligence fine des situations, rapporte le butin. Un duo complet et complexe.»

C’était il y a 20 ans, et il semble que vous étiez doué pour les chiffres puisque le calcul fut le bon et le compte aussi. En 2002, le magazine Fortune vous présente comme la 4e femme la plus puissante de l’Europe du business. C’était en 2002, et je les inviterais volontiers à réviser à la hausse votre classement… 

Actuellement présidente du conseil de surveillance du Groupe PPR, vous occupez également le poste de directrice générale d’Artemis et de présidente du conseil de surveillance de Christie’s. Entre autres pourrais-je ajouter puisque ces diverses responsabilités du jour, s’additionnent aux postes d’administrateur de PPR, Gucci, TF1, Yves Saint-Laurent, Christie's, le Point, la Fnac, Bouygues, Air France, la Fondation de France ou encore de Total…

Et comme vos journées ont 48h et vos semaines une douzaine de jours, le 20 novembre 2008, le Président de la République vous a nommé à la tête du comité d'investissement du Fonds stratégique d'investissement, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignation dotée de 20 milliards d'euros, un Fonds souverain à la Française chargé de veiller aux intérêts à long terme de la Nation. 20 milliards d’Euros, une paille dans la mesure où ces actifs sont à peine plus importants que la galaxie Pinault…

Alors, pour vous qui dîtes aimer votre époque et ne pas vouloir rester sur le bord de la route à regarder passer la vie, voilà à nouveau une belle occasion d’être actrice puisqu’avec ce fonds souverain, on vous propose d’investir dans des entreprises stratégiques au regard de la compétitivité de notre économie et par là de dessiner la France des 50 prochaines années. Une belle mission et un joli défi pour peu qu’on ne vous invite pas, dans la grande tradition française, à coller des rustines sur des secteurs en perdition… Une suspicion de plus ? Il est vrai qu’au regard de son budget, le site internet du FSI, avec ses 5 pauvres pages dont 4 lapidaires en format pdf, s’il dessine l’avenir, sait le faire avec concision et offre une bonne vision de l’économie de moyen qui est son souci quotidien dès lors qu’il s’agit de faire œuvre de pédagogie. Qu’on se le dise, la mission du FSI est de préserver nos intérêts, pas d’informer les citoyens des choix éclairés de l’Etat et de la Caisse des dépôts, ses actionnaires de référence… Et puis, vous le savez bien, s’il s’agit de réconcilier les Français avec l’économie ou le capitalisme à la Française, 20 milliards d’Euro n’y suffiront pas. La vulgarisation des masses à ses limites même s’il est vrai que la meilleure manière de préparer les Français à l’avenir serait peut-être justement d’améliorer leur culture économique, concitoyens ignorants au 1er rang desquels je me place, inculte parmi les incultes, moi pour qui plus qu’une holding impénétrable, Artemis reste un mythe antique, une déesse chasseresse empreinte d’une poésie sombre et lyrique…

« Et, bien plus, il te plaît, Déesse, que la ronce
Te morde et que la dent ou la griffe s'enfonce
Dans tes bras glorieux que le fer a vengés ;

Car ton coeur veut goûter cette douceur cruelle
De mêler, en tes jeux, une pourpre immortelle
Au sang horrible et noir des monstres égorgés. »

…Alors oui, nous sommes heureux de vous recevoir ce matin qui sait, pour un cours de poésie, d’économie certainement, mais surtout pour que nous puissions ensemble crever ce plafond de verre qui nous sépare et ainsi faire un pas l’un vers l’autre, si loin, si proches, une réconciliation  peut-être un temps de communion…

27 mai 2009

Rachida Dati : le portrait

19 mai 2009, intervention de Rachida Dati devant les membres du Club Horizons.

Thème de ce petit-déjeuner : "La réforme de la Justice".

Préalable à cette intervention, le portrait de Mme Rachida Dati par Pierre Vallet.

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Rachida Dati - bonjour...

...Mes amis, nous recevons ce matin une personnalité hors norme;
membre du gouvernement, certes;
Gardes des Sceaux, je confirme;
...Mais surtout une de ces rares personnalités entrée dans le cercle restreint des personnages publics sur lesquels tout un chacun à son opinion.

Et ça, c'est un truc incroyable parce que finalement, si on regardait dans cette salle, et qu'on disait Pierre Vallet, tu en penses quoi ? vous auriez un tas de gens qui vous diraient, « oui, je le connais personnellement mais je n’en pense pas grand chose. »

Et en général, ça marche avec un tas de monde, y compris pour la plupart des membres de votre gouvernement. Essayez avec François Fillon, Brice Hortefeux ou Xavier Bertrand et vous verrez. La notoriété peut-être, une opinion, pas sûr...

Avec vous, Rachida, c’est différent. 100 personnes 100 opinions, toutes différentes. Tranchées, positives, négatives, qui trop souriante, qui pas assez carrée, moins ronde, etc. C'est donc un paradoxe : personne ici ne vous connaît réellement mais tout le monde a une opinion sur vous.

Alors, ce matin, permettez-moi de ne pas souhaiter vous donner de l'opinion, du sentiment, du il paraît... Arrêtons-nous aux faits.

Vous avez 44 ans. Vous êtes maman, brunette, fine, avec un grand sourire et plutôt bien habillée. Vous êtes la fille de Mbarek Dati, maçon marocain arrivé en France en 1963 et d'une mère algérienne, Fatima-Zohra décédée en 2001.

Vous êtes la deuxième d’une famille de onze enfants. Née en Bourgogne à Saint-Rémy, vous passez votre enfance à Chalon-sur-Saône, dans le quartier des Prés-Saint-Jean. Votre scolarité se déroule dans un collège privé catholique, « Le Devoir », tenu par les religieuses du Saint-Sacrement. Pour le lycée, vous irez dans le public. Vous obtenez votre baccalauréat en 1983.

Pour les études supérieures, votre père ne pose qu’une seule condition : que vous soyez toujours la première. Pas facile. En réalité, vous n’apprenez qu’une seule chose : à être libre.

Pour financer vos études, vous travaillez comme aide-soignante dans une clinique. Mais pour avancer, vous apprenez qu’il faut frapper à la porte des grands.

Le 1er pas dans leur direction, vous l’effectuez à l’occasion d’une réception pour l'anniversaire de l'indépendance algérienne au Ministère de la Justice. Vous avez 22 ans. Reconnaissant Albin Chalandon, vous fendez la foule des invités et le sollicitez pour un rendez-vous qu’il vous accorde.

Place Vendôme, le jour J, on vous refoule. Il faudra que le Garde des Sceaux confirme en personne que vous êtes bien attendue pour que les portes de la Chancellerie s’ouvrent. De ce déjeuner, il conservera le souvenir d’un flot de paroles et une présence ...fatiguante. Mais votre profil l’intéresse. Il vous décroche un job chez Elf et surtout devient votre mentor.

Parallèlement à votre maîtrise d’économie, vous écrivez à de nombreuses personnalités. Et ça marche. Jean-Luc Lagardère vous finance une formation de manager à HEC en 90. En 1993, Jacques Attali vous engage à la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement. Après un passage à la Lyonnaise des Eaux et au Ministère de l’éducation nationale, sur les conseils de Simone Veil, vous entrez à l’école nationale de la magistrature. En 1997 vous voilà magistrate... Vous serez juge pendant 5 ans.

La suite est mieux connue. Septembre 2002, vous écrivez une longue missives à Nicolas Sarkozy alors Ministre de l’Intérieur. Vous obtenez un rendez-vous. La tactique sera la même que face à Albin Chalandon : vous ne laisserez pas parler le ministre une minute ...Jusqu'à ce qu'il lâche sa réponse, ouvre le bureau d'à côté et dise à Claude Guéant de vous embaucher : conseillère technique chargée de la délinquance, une fonction de second plan. Qu’à cela ne tienne. Vous vous imposez dans de nombreuses réunions et entrez peu à peu dans les radars.

Un jour, lors d’un déplacement en banlieue, vous interpellez un jeune : « On enlève la casquette devant le ministre. » Nicolas Sarkozy apprécie et vous charge d'organiser ses visites dans les quartiers sensibles. Vous gagnez vos 1ers galons. L’omni-présente Cecilia Sarkozy vous remarque et prend d'affection. Les liens professionnels se nouent puis personnels. Une amitié qui va déterminer la suite de votre parcours, notamment lorsque la rupture arrive.

Cette montée en force au moment où le leader politique est affaibli vous place au coeur du dispositif. Nicolas Sarkozy, lui n'a pas tourné la page et le lien, l’amie de coeur, c’est vous. Quand Cecilia revient, elle vous impose comme porte-parole de la campagne du candidat Sarkozy, contre la majorité des membres de son entourage. On imagine que ce jour là, vous vous êtes fait un certain nombre d’amis.

Ce n’est pourtant qu’un début. Arrivé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy vous nomme Garde des Sceaux et vous donne une feuille de route. Réformer coûte que coûte. Dans l’univers des robes noires, des bavettes blanches, des toges et des hermines, votre arrivée passe mal et cause un certain remous. Réforme du code pénal des mineurs, rôle du parquet, réforme de la carte judiciaire, création d'un poste de contrôleur général des prisons, loi de lutte contre la récidive, les fameuses peines plancher... S’il est sans aucun doute trop tôt pour tirer un bilan de votre action, on pourra au moins dire que vous n’avez pas chômé...

...Vous êtes paraît-il la première personne d'origine maghrébine a occuper des fonctions régaliennes dans un gouvernement de la République. Quelle dommage ! Vos prédécesseurs étaient peut-être mieux nés mais n’avaient pas l'air d'en faire autant ! Ceci étant dit, vous me permettrez d'exprimer un souhait : que dans notre pays, vous soyez la dernière personne dîte d'origine maghrébine à occuper de telles fonctions. Parce que naturellement, demain, il y en aura une deuxième puis une troisième, une quatrième et je ne doute pas qu’après vous, notre société plus éclairée cesse de compter les minorités visibles. La République ne considère-t-elle pas tous ses enfants comme égaux ?

Bref, votre passage à la Chancellerie est un tourbillon et chaque semaine, vous faîtes la couverture. Vous êtes devenue une marque. Il y a LA Dati comme il y eut LA Callas ou LA Onassis et je ne m’étonnerais pas qu’un jour on vous dédie une chanson : « Rachida... I’ve just met a girl named Rachida... And suddenly that name, will never be the same to me...»


Hum... Où en étais-je ? Oui, votre nom fait vendre et vous connaissez tout du parcours traditionnel de la coqueluche des médias. Après les couvertures enthousiastes où l'on vous présentait souriante, avenante, conquérante, etc., voici le temps des photos sans fard, des vidéos qui n'amusent plus, de l'embuscade, des francs-tireurs et des coups de poignards.

Les limiers sont lâchés, la meute les suit. En ces temps de campagne européenne, on guette vos faux-pas. Vous seriez dilettante, superficielle, dépassée... Et puis, l'Europe, c'est sérieux. Vous avez aimé le nord de la France ? Vous allez adorer Strasbourg... Son amphithéâtre (ou son parlement comme vous préférez), ses couloirs, ses interprètes, le TGV de 6h54 pour aller signer la feuille de présence, celui de 12h15 pour revenir exister à Paris. Enfin, je ne voudrais pas déflorer le sujet, je suis sûr que vous trouverez un sortant pour vous expliquer les ficelles.

Ah, l'Europe, ce grand dessein dont on nous parle tous les 6 ans, pour en dresser l'éloge funèbre ou célébrer son caractère incontournable. Après le temps des flashs et photographes, le temps de l'éloignement. Il n’en faut d’ailleurs pas plus pour que d’aucuns célèbrent votre chant du cygne, votre mise à l’écart...

Et il y a ces nouveaux obstacles. Vous savez, la chanteuse de l'Elysée, la seconde première dame. Celle avec le timbre fluet et la guitare anorexique. Née sous une bonne étoile, de gauche, introduite si je puis me permettre. Un obstacle ? Eh... Peut-être. Ce qui est important en politique, c’est de durer et si l’on connaît la durée d’un mandat, un mariage est plus imprévisible.

Enfin, de votre côté, on a une bonne idée. Entre la Mairie du 7e et le Parlement européen, vous êtes bien inscrite dans le paysage politique français et ce n’est pas Nicolas Sarkozy, ancien maire du village people de Neuilly qui me contredirait...

Mais vos adversaires ne désarment pas pour autant. Selon la thèse en vogue, votre réussite pose un problème puisqu’elle serait emblématique de l'ascenseur social à la Française, un mélange de passe-droits, bon-vouloir, parrainage, cooptation et copinages...

Quel mauvais procès ! Les gens nés du bon côté, seraient-ils les seuls à ne pas devoir s'excuser d'entretenir des relations ? C’est vrai quoi. Finalement, quand on est d’origine maghrébine, il faut réussir à la sueur de son front. Mais se servir des armes de l’autre camp, ça, non, c’est indigne.

Quel mauvais procès et quel culot ! " Rachida symbolise l'échec de la sacro-sainte méritocratie française " disent-ils. Ah la belle blague. Mais prenez-les au mot vos contempteurs. Vous reprocheraient-ils votre parcours, ces unes de la presse people, si vous vous appeliez Caroline de Saint Chaours ou G(h)islaine de Boisrémont ?

Alors soyons bien clairs, mes petits coeurs tendres : le jour J, quand on s’appelle Rachida, pour que votre nom sorte du chapeau, il faut avoir bossé dur ET adopté les armes de vos concurrents... L'oxygène est trop rare dans la stratosphère pour laisser une place aux organismes les plus faibles. Alors que cela soit dit et répété, vous n'avez peut-être pas toutes les piqûres mais qui peut croire un instant que votre parcours ne témoigne pas d'un travail acharné ?

Enfin, à ceux qui vous accusent d'avoir atteint votre seuil de compétence mais que vous regardez dans votre rétroviseur, à ceux qui pensent que votre zénith est derrière vous, laissez-moi dire une choses... Quand bien même cette heure serait venue, ce qui est important, ce n'est pas la façon d'arriver, ce qui est important, c'est ce qu'on fait de sa réussite, les réformes que vous avez porté, contre vents et marée et le dessein servi. 

Alors, tout ça pour la vaine ambition de la notabilité, de la pipolisation, à l'heure plus felinienne que wharolienne où il suffit de se balader à poil rue Montorgueil pour être plus téléchargé que le programme de l’UMP aux prochaines européennes ? Tout ça pour ça ? Non, pas vous...

Allez, Rachida, prenez une feuille, je ne vous demanderai pas de me dessiner un mouton mais d'y tracer n'importe quoi, un Grand Paris, un dessein...

Vous savez, la vitesse n'est pas tout. Un jour, avion en panne, coincé dans les sables du désert, Saint-Exupéry expliquait à un caravanier : " Tu vois, toi, pour aller de Nouakchott à Tamanrasset, tu mets 3 mois. Eh bien moi, je mets trois jours au plus." " Oui, lui dit l'homme au regard de braise, mais le reste du temps, qu'est-ce que tu fais. "

Alors Rachida, vous, qu'allez-vous faire ?

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Bonus track...
  


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Voir quelques photos de ce petit-déjeuner.
Voir tous les portraits des invités du Club Horizons.

19 mars 2009

Jacques Attali, la vidéo du portrait

18 mars 2009

Jacques Attali : le portrait

18 mars 2009 : intervention de M. Jacques Attali devant les membres du Club Horizons.


Thème de ce petit-déjeuner : "relancer l'avenir".

Préalable à cette intervention, le portrait de M. Attali par Pierre Vallet.

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Mes amis, pour la première fois, je suis intimidé. Nous avons tous nos maîtres, nos gourous, nos penseurs, notre Master Yoda à nous, en vérité, young padawans nous sommes, mais il nous arrive rarement de les rencontrer, d'avoir l'occasion leur parler ou de les écouter dans un cénacle restreint. De leur confier que depuis “Ligne d’horizon” en 1990, où notre hôte annonçait le retour des nomades, hommes et objets, vous avez lu nombre de ses ouvrages et que d’une certaine manière vous êtes semblables, partagez beaucoup, à commencer par le fait d'être tous deux nés un 1er novembre...

Mais bon, il me semble que la ressemblance s'arrête là. Jacques Attali, je ne sais pas si votre tête est bien faîte - je laisserai la gent féminine ci-présente vous en faire la confidence en temps et en heure - mais côté tête bien pleine, je crois que vous êtes servi. Lycée Janson de Sailly (où vous rencontrez Laurent Fabius et Jean-Louis Bianco), major de promotion à Polytechnique, Docteur d'État en sciences économiques, Ingénieur de l'École des mines de Paris, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, vous avez toutes les piqûres... Il n’y a finalement qu’à l’ENA que vous décevrez, en finissant 3e de votre sympathique “promotion Robespierre”... Il faut dire qu’avec de joyeux drilles comme Philippe Séguin, Louis Schweizer ou Michel Boyon, la classe devait être un peu dissipée...

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La ressemblance s’arrête là disais-je y compris côté professionnel. On murmure que vous auriez la carte de visite la plus longue de la place de Paris : Jacques Attali, économiste, historien, écrivain, haut-fonctionnaire, banquier, financier, parolier (vous avez écrit pour Barbara), chef d'orchestre, intellectuel, universitaire, professeur, essayiste pianiste, chroniqueur, biographe, rapporteur, nouvelliste, romancier et j'en passe... Je ne sais pas combien vous avez de vies, mais celle que vous offrez sous nos yeux est bien remplie.

Alors pour vous accueillir ce matin, je me suis à nouveau plongé dans votre biographie et bibliographie. Comme il se doit, je suis passé à la FNAC et j'ai posé la question traditionnelle : où puis-je trouver les ouvrages de Jacques Attali ? Regard interloqué de la libraire de service : "Euh... Mais il y en a partout. A part peut-être vie pratique..." Et en effet, je ne crois pas avoir trouvé un rayon vide d'un ouvrage attaliesque. Théâtre, roman historique, essais, économie, contes pour enfants, dictionnaires, biographies... J’ai cru trouver un instant de répit au rayons “Que sais-je ?”... Pas de chance, vous en avez écris deux ! Bref, vous vous êtes essayé à tous les genres littéraires et publiez cette année votre 50e ouvrage...

Mais le livre ne vous suffit pas. Votre production est protéiforme. Ce n’est pas un hasard. Vous aimez jouer les prophètes et quand on veut éclairer la route, il faut s’adresser au plus grand nombre. Et pour cela, vous abordez tous les supports avec une réelle gourmandise...

Magazines, conférences, dédicaces, chroniques et shows télévisés, bande dessinée pour les plus jeunes, blog traduit en anglais et espagnol, offrant la possibilité de promouvoir vos articles sur Facebook ou tous les réseaux sociaux d'un simple clic... 

Un blog dont je recommande la lecture et où vous nous annonciez dès février 2007 l'arrivée de la crise des subprime - facile me direz-vous aujourd'hui, mais rappelons à nos membres qu'en novembre 2007, Axel Miller, Pdg de Dexia, nous expliquait ici même lors de sa venue que vraiment, non, la crise des subprime ne le concernait pas... Vous me direz, pouvait-il s'effondrer en pleurant et nous avouer que oui, il allait exploser en plein vol moins d'un an plus tard sous la vague des subprime... Mais je dis vague, je dis vague, alors que c'est un nouveau tsunami que Jacques Attali nous annonce, avec la crise à venir des pre-approved credit card, ou crise des crédits Alt A...

...Un blog d'autant plus écouté qu’il bénéficie depuis quelques jours d’un buzz hors norme suite à votre note sur le projet de loi Hadopi, que vous qualifiiez récemment "d'absurde et scandaleux". Une prise de position qui a provoqué la réaction outrée de quelques professionnels du secteur qui vous invitent à proposer en libre téléchargement l'ensemble de votre oeuvre... Chiche ?

Eh, nous aurions matière à apprendre. Je regardais pour préparer ce portrait un recueil de vos interventions dans l'émission "conversation d'avenirs" diffusée sur Public Sénat et j'étais étonné de voir que vos augures s'étendent à l'alimentation, aux OGM, à la croissance, l'habitat, le patrimoine, les subprimes, l'identité juive, Israël, la Palestine, l'avant-garde, l'arrière-garde, les seins de Monica Belluci, le protectionnisme, l'ubiquité nomade, la surveillance, la dislocation de l'Etat, la traçabilité, le retour du bonus-malus, la disparition de la vie privée, les bio et nano-technologies...

...Un inventaire à la Prévert où je me suis permis de glisser une erreur aisément décelable *, mais assez proche de cette globalité de sujets que vous aimez traiter. On peut donc parier que nos sociétés amnésiques aurait fort à apprendre de vos enseignements - y compris dans le registre de l’humour juif puisque vous avez la réputation d’être un excellent conteur en la matière.

Le judaïsme, une constante au coeur de votre oeuvre, le thème de votre dernier livre, ce Petit dictionnaire amoureux du Judaïsme. Et pourtant, toujours une interrogation. Qu’est-ce qu’être juif ?  Transmettre des traditions ? Une foi ? Un livre ? Une histoire ? Une éthique ? Tout à la fois ?

...Vous estimez qu’il s’agit d’abord de transmettre. Oui, vous dîtes que pour être juif, il faut avoir un père juif, une mère juive ** (ça, vous connaissez la phrase de Daniel Pennac, nous sommes nombreux dans ce cas : “toutes les juives ne sont pas mères, mais toutes les mères sont juives...”...) ...mais au-delà d’un père ou d’une mère juive, pour être juif, il faut avoir des enfants juifs...

Transmettre. Le terme clé de votre oeuvre. Et pour cela, il vous faut vous démultiplier. Une omniprésence qui est vraiment frappante lorsque l'on tape votre nom sur Google. Eh oui, côté personal branding Jacques Attali a du pain sur la planche avec quelques 491 000 pages de résultats qui soulignent un parcours d'homme de pouvoir, capable de travailler aux côtés de François Mitterrand comme de Nicolas Sarkozy, auquel vous remettiez en janvier 2008 un rapport pour la libération de la croissance française, librement téléchargeable sur internet, rapport dont 217 propositions sur 316 sont à ce jour adoptées... Reste à savoir si elles sont mises en oeuvre, puisque la communication à ses limites...

...Autant d’actions qui s’inscrivent dans un combat récurrent pour la naissance d'une hyperdémocratie ou pour une gouvernance mondiale qui seule selon vous pourra endiguer les ravages d’un capitalisme sans contrôle, un hyperempire marchand appelé à détruire le monde. Une prédiction bien sombre mais le pessimiste n’est-il pas un optimiste mieux informé ? Qui sait... Et puis la Pythie raconte-t-elle l'avenir ou essaye-t-elle de le dessiner, d’influer sur son cours ?

Vous ne tirez d’ailleurs de cette lutte aucune gloire particulière. Peut-être simplement un peu d’orgueil ? On vous dit ombrageux... Chose rare, il vous est même arrivé de vous emporter et quitter des plateaux de télévision. Allez, je ne vais pas faire mon Stéphane Guillon... Mes amis, je vous le confirme, ce n’est pas de l’orgueil mais de l’impatience... Vous savez que le seul bien rare dans cette vie d'homme, c'est le temps, et l'on peut vous faire subir pas mal d'avanies - vous avez travaillé avec François Mitterrand et on imagine que vous êtes allé à bonne école - mais on ne peut pas vous faire perdre votre bien le plus précieux : le temps...

Alors, oui, vous êtes sans doute un peu fier... Peut-on "connaître la route" sans jouir de cette faculté ? L'occasion pour moi, cher maître, vous permettez que je vous appelle maître, de vous inviter à un petit test, un exercice d'humilité... Vous le savez, le sage chevauche toujours sa monture à l'envers. En effet ce qui est important, c'est de savoir où l'on est et d'où l'on vient, mais l'avenir, lui appartient à Dieu... Alors, Jacques Attali, vous qui venez nous dire ce matin comment relancer l'avenir,  parviendrez-vous à rejoindre ce micro à reculons ?

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* Jacques Attali aura l'amabilité de confirmer qu'effectivement, il n'a jamais parlé des nanotechnologies...
** Une erreur signalée par Jacques Attali : il affirme au contraire que "pour être juif, il ne faut ni père juif, ni mère juive, mais des enfants juifs. C'est le fait de transmettre qui fait de vous un juif."

27 janvier 2009

Hervé Morin : le portrait

27 janvier 2009 : intervention du Ministre de la Défense et Président du Nouveau Centre, M. Hervé Morin.


Thème de son intervention : "La politique de Défense de la France".

Préalable à cette intervention, le portrait de M. Hervé Morin par Pierre Vallet par Pierre Vallet...

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Hervé Morin, bonjour,

Vous êtes maire d'Epaignes, une commune de l'Eure de quelques 1200 habitants. Vous avez 47 ans. Vous êtes marié. Votre épouse Catherine est avocate. Vous lui devez beaucoup puisque, ancien cancre, c’est pour la suivre à Paris que vous avez entamé des études de droit, fini à Sciences Po et d’une certaine manière embrassé la carrière... Initialement, vous souhaitiez reprendre la ferme familiale dans le terroir normand...
 
Alors mes amis, pour tout vous dire, je suis heureux de voir un Ministre en exercice. Même si j'ai un Ministre du culte qui passe de temps en temps prendre l'apéro à la maison, là, ça me change de ministère. Chacun sa croix me direz-vous même si votre patron se prend de temps en temps aussi pour Dieu ou Obama...

Hervé Morin, Ministre de la Défense, Président du Nouveau Centre
Ministre en exercice, mais également, permettez-moi de vous faire une confidence personnelle, une source d'inspiration. Si, si...

Beaucoup de gens savent ici que j'ai déjà fait quelques galops d'essai lors de différentes élections. Mais personne ne sait réellement quel a été le facteur déclenchant de cette aventure...
 
...Il y a quelques années de cela, un dimanche soir, je découvrais dans un reportage sur M6 un jeune candidat aux législatives partant à la conquête d'une circonscription de province. Il n'était pas très connu et le Maire PS de la plus grande ville de la circonscription était assuré de l'emporter. Du reste, ce dernier tapait régulièrement sa poche, en sortait un papier, le brandissait et disait : les sondages sont formels, ce n'est même pas la peine d'ouvrir les urnes. 

De son côté, notre jeune candidat trimballait sa silhouette de grand échalas, de vitrine en vitrine, de boutique en boutique. Natif du coin, la caméra le suivait et se gaussait parfois de ses improvisations :

"Bonjour, je suis Hervé Morin. Je suis candidat à la Mairie d'Epaignes... Eh ben... Vous avez une bien belle boutique..."

Et puis vous tourniez les talons. Oui, il faut bien admettre que c’était un peu court... Mais bon, lorsque finalement l'on ouvrit les urnes, le vainqueur, c'était vous... Je dois vous avouer que ce reportage m'a marqué et que c'est dans cet esprit que je me suis lancé en campagne quelques années plus tard...

Alors, j’avais totalement oublié le nom de ce jeune candidat à la Mairie d’Epaignes et puis, au mois de septembre dernier, je vous ai entendu l’évoquer, assez ému et convaincant, devant une assemblée de jeunes militants de votre parti. Vous y parliez de vos débuts en politique, de ce mandat de maire qui vous comble et est toujours à vos yeux la plus belle mission d’un élu. Il faut dire qu’Epaignes, la Normandie, c’est votre univers. Chacun vous connaît, vous êtes l’enfant du pays, prenant à chaque visite des nouvelles de tout le monde, le père qui prendra bientôt sa retraite, le fil qui s’est cassé la jambe, la fille qui fait des études de droit, et la mère qui à la ferme a des difficultés...

...Que de chemin parcouru depuis. Comme quoi le porte à porte mène à tout... Elu député de l'Eure en 1998 et en 2002, vous devenez Président du groupe UDF à l'Assemblée Nationale. Après une campagne active aux côtés de François Bayrou, vous vous séparez avec perte et fracas dans l’entre deux tours de la Présidentielle. Vous dîtes avoir pleuré, l’histoire ne dit pas si c’est sur votre sort ou sur une amitié brisée, mais l’accouchement du politique n’est jamais sans douleur. Le dos au mur, vous créez en moins de 15 jours et dans des conditions rocambolesques une nouvelle formation politique de centre-centre droit. La négociation est serrée avec le nouvel hôte de l'Elysée, mais vous obtenez l'indépendance financière et un groupe à l'Assemblée Nationale. Le Nouveau Centre est né et vous voilà Ministre de la Défense...

Alors, allons tout de suite à l’encontre d’une idée communément émise, une des constante de la nomination ministérielle en République, qui veut que l’on nomme toujours les docteurs en Médecine au Ministère de la Justice, les agriculteurs au ministère de la Culture et les anciens gardiens de prison au Ministère de la santé. Non, cette mission ministérielle ne vous était pas totalement étrangère : oui, vous aviez fait votre service militaire et oui, vous saviez distinguer un 4 étoiles d’un modeste établissement de province. Mais plus sérieusement, de 1993 à 1995, vous aviez été conseiller technique auprès de François Léotard alors Ministre de la Défense. C’est dire si la maison ne vous était pas inconnue...

Je dis maison, je pourrais dire l’hôtel. Oui, c’est une des particularités du traitement de Ministre : votre bureau est à l’Hôtel. Alors, je voudrais rassurer notre assistance, l'Hôtel de Brienne, rue Saint Dominique, ce n'est pas le Formule 1 de la Porte de Châtillon. Ici, les portiers sont en uniforme, il y a un beau jardin, les plafonds sont dorés et quand on vient vous voir, on comprend mieux pourquoi les manifestants qui s'adressent aux politiques  utilisent des megaphones. Ce que l'on comprend moins bien, c'est pourquoi ils les déposent à l'entrée. Vue la taille des bureaux, c'est pas en parlant à voix basse qu'ils vont se faire entendre... Ce qui est sympa aussi, c'est qu'on traverse des lieux prestigieux. Par exemple, le bureau qu'occupa le Général de Gaulle en 1945, lors de son 1er passage à la tête de la Nation. Aujourd’hui, il est conservé précieusement derrière un cordon rouge, alors, pour la photo souvenir, on attend que le planton tourne la tête et "hop !", petite photo assis dans le fauteuil du général, les pieds sur le bureau...  Un classique pour le touriste de passage...

Mais, trève de plaisanteries, Ministre de la Défense depuis juin 2007, vous avez conduit la difficile réforme des armées et engagé les nombreuses recommandations du livre blanc pour traduire concrètement cette nouvelle politique de Défense qui est le thème de notre rencontre ce matin...

Mais avant de vous céder la parole, je dois encore évoquer vos fonctions de Président du Nouveau Centre. C’est donc une formation politique de centre-centre droit, héritière de l'UDF. Portée sur les fonds baptismaux dans un contexte houleux, ses 1ers pas ont été accueillis pour le moins fraîchement et, puisque nous sommes entre nous, soyons francs, avec les médias, ça n'a pas toujours été une partie de plaisir.

Pourtant, les électeurs vous ont donné raison. Le Nouveau Centre a aujourd'hui reconstitué 80% de ce qu'était l'UDF avant les Présidentielles, qu'il s'agisse du nombre de militants (près de 9000), du tissu d’élus locaux ou du nombre de parlementaires. Des sénateurs vous ont d’ailleurs encore rejoint très récemment signant l’amorce d’une réunification sous votre aile du groupe centriste au Sénat. Une assemblée ou rappelons-le, l’UMP n’a pas plus la majorité absolue et découvre désormais les joies du travail en équipe...

Toujours est-il que vous vous retrouvez aujourd'hui avec un camarade de chambre un peu envahissant, une UMP qui sait très bien qu’elle prend de grands risques si elle piétinait le scorpion centristes...

Mais municipales et élections partielles ont paraît-il marqué les esprits au château comme rue la Boëtie. Alors, oui, le parti du Président a besoin d’un partenaire centriste fort pour l’emporter. Comme dit le proverbe, si tu veux allez vite, vas-y seul, mais si tu veux allez loin, allons-y ensemble... Le message est-il passé ?

Les prochaines élections européennes seront une nouvelle opportunité pour vous de tester l’intelligence de votre glouton partenaire...

Mais quittons un instant ces considérations politiciennes et arrêtons nous pour un 1er rapport d’étape de votre formation politique. La défense du pluralisme ou la règle d’or budgétaire inscrite dans la constitution, le référendum d'initiative populaire, le combat contre les niches fiscale, le recul du gouvernement sur le fichier Edvige, le Nouveau Centre faît entendre sa voix.

Pourtant, bémol à votre actif, dans l’ombre de nos commissariats comme de certaines officines, les enquêtes parallèles se poursuivent autour d’un nouveau fichier occulte. Amis, connexions, lieux de vacances, orientations sexuelles ou confessionnelles... Facebook et Google continuent leur progression. C’est du reste grâce à ces outils que j’ai réalisé votre portrait et rassemblé un certain nombre d’informations confidentielles vous concernant... Je vous propose d’en discuter en toute amitié dès la fin de ce petit-déjeuner. Eh, que voulez-vous, il faut bien se nourrir...

Mais maintenant, assez parlé, Mesdames, messieurs, la parole est à la Défense.

28 novembre 2008

Geoffroy Roux de Bézieux : le portrait

27 novembre 2008 : intervention de Geoffroy Roux de Bézieux, Pdg de Virgin Mobile France et Président de l'UNEDIC..

Thème de son intervention : "Salauds de patrons !"

Préalable à cette intervention, le portrait de Geoffroy Roux de Bézieux par Pierre Vallet...

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18 septembre 2008

Benoit Genuini : le portrait

18 septembre 2008 : intervention de Benoît GENUINI, président de l'Agence Nouvelle des Solidarités Actives, ancien président d'Accenture France devant les membres du Club Horizons.

Thème de son intervention : " Au possible nous sommes tenus. Comment combattre les nouvelles formes de pauvreté? "

Préalable à cette intervention, le portrait de Benoît GENUINI par Pierre Vallet (voir la version vidéo)...

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Mes amis, chers membres de l’élite, l’heure est grave. C’est dans un climat de panique générale que s’ouvre cette séance. A l’heure où je vous parle, AIG vient officiellement de se mettre sous le chapter Eleven, après l’annonce surprise il y a quelques minutes du revirement de la Fed et le retrait de son plan de sauvetage à 85 milliards de dollars… Trop d’actifs douteux, trop de créances incertaines, trop d’inconnues… Les bourses mondiales sont en chute libre et la place financière parisienne accueille la nouvelle avec philosophie, accusant à l’ouverture une chute de près de 4%...

…Non, je plaisante. Tout ça, c’est demain que cela devrait se produire… Mais je vois à certaine mine réjouie, que le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres. Comme le disait Jules Renard, il ne suffit pas d’être heureux, il faut encore que les autres ne le soient pas… Et il semblerait qu’en ce moment, la roue tourne…

J’imagine bien que ce cynisme est étranger à notre invité du jour qui semble animé par une charité singulière. Bien heureux les miséricordieux…

C’est néanmoins à l’heure où les anciens riches deviennent de nouveaux pauvres, appelant chacun d’entre nous à plus d’humilité, que nous recevons Benoit Genuini, un citoyen engagé dans la lutte contre la pauvreté…

Dsc_7906[ndlr : ci-contre, photo Benoit Genuini - copyright Club Horizons 2008]Résumons votre parcours. Il est assez simple. Polytechnicien, vous êtes rentré chez Accenture – à l’époque Andersen Consulting - en 1976. Vous y resterez près de 30 ans. En 1995, vous devenez Président d’Accenture France, au sein de laquelle vous créez un an plus tard une Fondation dédiée au mécénat culturel et au soutien d’actions caritatives dans le domaine de l’éducation et de l’accès à l’emploi. Des enfants de Calcutta à ceux du Mekong, du foyer Saint-Vincent aux passerelles numériques de Phnom Penh – un projet de formation professionnelle au Cambodge que vous présidez toujours -, vous y ferez vos classes solidaires et vous initierez à l’action sociale…

Puis, en juillet 2005, vous rencontrez Martin Hirsch alors Président d’Emmaüs. Il a dans ses cartons un projet d’association, une «machine de guerre» qui permettrait de mettre en œuvre les mesures de son « rapport sur la pauvreté », rapport encensé par toute la classe politique puis gentiment mis aux oubliettes. Idée 1ère de ce rapport : mettre en œuvre des actions locales, expérimentales, innovantes, originales de lutte contre la pauvreté, en partenariat avec les pouvoirs publics et les entreprises. Cela peut paraître assez bête, mais dans un pays comme la France, où l’égalité est une religion et le Centralisme parisien un dogme, l’expérimentation locale reste une révolution…

6 mois vous suffiront pour dire banco. En janvier 2006, vous quittez vos fonctions et co-fondez avec Martin Hirsch l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives. Sous-titre : au possible, nous sommes tenus…

Alors avec cette association, nous sommes aujourd’hui au cœur de l’actualité puisque la 1ère mesure que vous expérimenterez sera le RSA, pour Revenu de Solidarité Active. Mais avant de vous parler du RSA, quelques chiffres, histoire de mettre en perspective la société française et prendre la mesure d’un problème que l’on perçoit parfois mal depuis les salons dorés des 7e et 8e arrondissement…

Le seuil de pauvreté en France statistiquement est de 780€. 7 millions de personnes dont 2 millions d’enfants, vivraient en dessous de ce seuil dans notre pays… Le SMIC, lui n’est pas bien loin. Il est un peu au-dessus de 1000€ net. 17 % des salariés français sont payés au smic, 40 % au-dessous de 1,5 smic. Pour ne rien arranger, la crise du logement déchire le tissu social : selon la Fondation Abbé Pierre, il y a 3 millions de mal-logés en France, dont 2 millions dans des « conditions indécentes » et 100000 SDF.

Voilà déjà quelques repères. Revenons maintenant au RSA. Son principe ? Proposer aux RMistes et aux allocataires de minima sociaux de se dégager de la « trappe à inactivité » en conservant quelques mois une partie de leurs aides. Prenons deux exemples plus concrets.

Admettons que je sois au RMI. Je vais devoir me débrouiller avec 447€ par mois. Si je reprends un travail à quart temps, je toucherai 394€ et mes revenus auront baissé de 53€, près de 15%. En revanche, avec le RSA, je gagnerais 553€. Une augmentation de mes revenus de 106€.

Un autre exemple, peut-être pour illustrer les effets de seuil et le casse-tête des droits connexes au RMI… Prenons un couple de RMIstes sans enfant. Il perçoit 661€ net. Prendre un travail au SMIC ? Avec l’obligation de renoncer à la Couverture Maladie Universelle, de payer plein pot son gaz et son électricité, de perdre ses avantages logement, de payer sa taxe d’habitation ou sa redevance télé, d’abandonner sa prime de Noël, et s’il habite en Ile-de-France, de tirer un trait sur sa Carte orange gratuite – une économie de 142€ / mois ! Sans compter que, pour certains, se posent des problèmes de garde d’enfants. Le jeu de la dignité en vaut-il la chandelle ?

C’est tout l’enjeu du RSA : redonner aux RMIstes un intérêt réel à reprendre une activité… Il est également conçu pour lutter contre la pauvreté au travail. Ainsi, le RSA généralisé sera ouvert aux 1,7 millions de travailleurs pauvres qui ne touchaient jusqu’à maintenant aucune aide au titre des minimas sociaux en raison de ces mêmes « effets de seuil ».

Au total, trois millions de foyers vont ainsi percevoir le RSA…

Le surcoût pour l’Etat ? Au delà des 7,5 milliards mobilisés au titre des minimas sociaux, il sera de 1,5 milliards d’euros supplémentaires pour les seuls six derniers mois de 2009 soit probablement autour de 3 milliards les années suivantes. Une augmentation de 40% des fonds de l’Etat pour l’insertion et contre la pauvreté.

Un effort louable qui pour le moment n’a qu’un défaut : son mode de financement. En l’état actuel des débats, le bouclier fiscal étant sanctuarisé, les 15% des ménages les plus riches de France partageront la bonne fortune de ne point contribuer à ce système de solidarité. Quand on vous parlait de nouvelle solidarité, c’est effectivement inédit et décidément Coluche avait bien raison : il vaut mieux taxer les pauvres, ce sont eux les plus nombreux…

Mais revenons à l’ambition initiale de l’Ansa : éradiquer la pauvreté. Comme aurait dit le Général, « Vaste programme ». Un autre monde serait-il possible ? Une France sans RMIste ??? Eh, pourquoi pas ? Dans ce combat acharné, votre méthode, l’expérimentation et l’adoption des bonnes pratiques locales – une thématique dont Alexandre Jardin est venu ici même nous parler il y a quelques mois avec un enthousiasme communicateur – me laissent à penser que vous pourriez obtenir des résultats inattendus.

Reste que vous ne vous attaquez malheureusement qu’à une forme restreinte de pauvreté, celle des sans-le-sou, des sans-abri, des sans-rien-du-tout…

C’est très nobles, mais permettez-moi, il y a d’autres formes de pauvreté qui mériteraient un regard plus appuyé… Regardez les pauvres d’esprits ou, si vous êtes sarkozyste, les pauvres cons… Ils sont certes sympathiques et bienheureux au Royaume des Béatitudes, mais sincèrement, si vous pouviez ne serait-ce que tenter d’agir à la marge, je serais preneur… Et pour tout vous dire, ces pauvres là me semblent tellement nombreux cette année qu’on a l’impression que ceux de l’année prochaine sont déjà là.

Quant aux pauvres de cœur, la tache semble immense et je vous prédis un avenir bien sombre…. Sachez qu’ils sont légions et qu’en la matière, je doute fort que vous parveniez prochainement à éradiquer l’espèce. Enfin, précisons tout de suite pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, que ces propos ne vous visent nullement. Qu’on ne compte pas sur vous pour jouer les Mère Térésa à 10 000€ / mois… Ainsi, je rappellerai que vous avez quitté un job a priori lucratif pour assurer bénévolement la Présidence de l’Ansa…

Alors, des pauvres de cœur, certes on en compte une foultitude, mais rassurez-vous, Monsieur Genuini, la dernière heure arrivée, vous nous quitterez probablement plus riche que nombre d’entre nous…

21 mai 2008

Philippe Chalmin : le portrait

15 mai 2008, intervention de Philippe Chalmin - Président de CYCLOPE et Président du DESS Affaires internationales de l'université Paris Dauphine - devant les membres du Club Horizons.

Thème de sont intervention : le choc de la rareté, marchés et incertitudes.

Préalable à cette intervention, le portrait de Philippe Chalmin par Pierre Vallet...

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Philippe CHALMIN, bonjour...

Vous être Président de CYCLOPE, une société d'étude spécialisée dans l'analyse des marchés-mondiaux-des-matières premières. Vous êtes consultant auprès d’organismes internationaux (OCDE, CEE, CNUCED). A ces différents titres, vous êtes considéré comme LE spécialiste français de la question des matières premières. Vos tribunes dans la presse font autorité, vos ouvrages référence.

Vous êtes également professeur et Président du DESS Affaires internationales de l'université Paris Dauphine où vous tentez d’inculquer à des têtes bien faîtes qu’on voudrait bien pleines les rudiments des marchés…

Alors de quoi allons-nous parler ce matin ? Si j’ai bien compris d’une situation inhabituelle. Ainsi, notre invité l’affirme, sur les 30 dernières années, il n’a jamais connu pareille conjoncture. Et le seul mois qui vient de s’écouler est de ce point de vue tout à fait exceptionnel : pétrole, charbon, minerai de fer, blé, soja, étain, cobalt… ont battu des records et atteint des niveaux de prix que peu d’analystes auraient imaginé il y a quelques semaines seulement.

Dsc_6888[ndlr : ci-contre, Philippe Chalmin - copyright Club Horizons 2008] On sait que cette tension soudaine peut être interprétée sous différents auspices. Certains nous disent par exemple que les prix du blé font simplement l’objet d’un rééquilibrage. Car depuis une soixantaine d’année, les prix agricoles s’érodent, baissent par rapport au pouvoir d’achat des ménages, baissent en dollars constants comme en euros constants et la hausse du prix du blé en 2007 ne serait donc qu’un retour au juste prix, celui du cours américain de 1997 ou de celui de 1991 en euros constants. Même constat pour le maïs, le sucre, le riz…

Oui, mais alors, devrions-nous nous réjouir ce ces émeutes de la faim qui ont éclaté aux 4 coins du Globe ? Certes non, mais certains observateurs auront noté que cette fois-ci, il y a des caméras. Tout cela se passe en ville quand la misère traditionnelle des champs – ces ¾ des 750 millions de personnes qui souffrent de la faim - est silencieuse, dispersée, sous le boisseau…

Ce rééquilibrage se doublerait même d’un phénomène de ralentissement de l’exode rural, le prix de vente des denrées alimentaires locales étant LA variable qui accélère ou ralentit la fuite des paysans vers la ville… Ce ralentissement pourrait ainsi aider la planète à passer le cap de l'industrialisation à marche forcée de certains pays en développement qui conjuguée à une forte croissance démographique tire inéluctablement la demande à la hausse….

Je parle ici de ces produits agricoles dont on constate parfois avec dépit qu’ils sont aussi de véritables produits financiers, des valeurs refuges voire spéculatives… Rappelons qu’à la City, sur les seuls mois de janvier et février de cette année, le volume des contrats à terme sur l'ensemble des matières premières a augmenté de 65 % par rapport à la même période en 2007…. « Et tu as gagné combien cette année sur l’or vert ? Une vingtaine de millions de morts supplémentaires, et toi ? »

Et Philippe Chalmin, de dénoncer notre conception non nourricière de l'agriculture et ce «mythe du paysan jardinier», ce sympathique personnage qui participerait plus de l’aménagement décoratif du territoire que de la production de denrées comestibles.

Sans compter la part des cultures destinées à produire de l’éthanol ou du bioéthanol qui si vous me passez l’expression alimente la spéculation. Oui, car pour lutter contre le réchauffement climatique nous avons décidé de ne plus cultiver pour nourrir mais pour nous déplacer. On savait que « partir c’est mourir un peu… », il semble que nos déplacements y contribueront un peu plus chaque jour…

…Reste d'autres matières, qui nous concernent peut-être plus en tant que simples consommateurs parce que je ne sais pas pour vous mais moi, je n’ai jamais vraiment eu beaucoup de blé ni d’oseille… Oui, au-delà de l’or vert, je veux vous parler de cet or noir qui semble destiné à faire fondre notre pouvoir d’achat comme neige au soleil…

Jeudi 8 mai, le baril fleuretait avec la barre des 125 dollars. Les analystes de Goldman Sachs ont jugé de leur côté que le prix de l’or noir pourrait atteindre 150 voire 200 dollars dans les 6 à 24 mois…

Ces prévisions menaçantes ont poussé les investisseurs à acheter encore plus de « barils papier » ce qui aurait fait monter d’autant les cours …et les profits des intervenants de poids sur les marchés pétroliers – parmi lesquels Goldman Sachs. L’histoire du pompier pyromane a de beaux jours devant elle.

Alors bien sûr, on peut chausser ses lunettes roses, penser que 78% de la production française d’électricité vient du nucléaire ce qui nous place au premier rang mondial en la matière et voir dans la flambée du pétrole « Une chance pour la France » comme le titrait le Figaro Magazine en novembre 2007. « Une chance pour la France ». Pardonnez-moi, mais parfois, ce petit égocentrisme français me donne un peu la nausée. Ils auraient aussi pu titrer « Un malheur pour le reste du monde ». Alors, je sais, comme le disait Jules Renard, « il ne suffit pas d’être heureux, il faut encore que les autres ne le soient pas », mais tout de même, l’indécence a des bornes au regard des valeurs d’humanisme et d’altruisme que la France, cette vieille Nation, prétend incarner…

…Mais allez, j’aurais certes souhaité poursuivre plus avant ces considérations philanthropes mais je ne voudrais pas me retrouver dans le rôle du mauvais convive et vous laisser le croissant en suspens en travers des amygdales… Christophe, Florence, mes amis, je vous en prie, resservez-vous. La pénurie nous guette, ce serait bête de gâcher…

D’autant que sans vouloir jouer les mauvaises augures, il semble que l’heure soit proche où nous devrons tous reprendre la chasse au gaspi, une espèce qui s’était fait aussi rare que le dahu ces dernières années mais qui après l’ours des Pyrénées et le loup du Mercantour, en catimini, sans faire de bruit a été réintroduite sur le territoire national et devrait faire un come-back fracassant dans nos vies…

Alors vous me trouverez peut-être pessimiste, mais je que voulez-vous, je suis soutien de famille et l’on n’est jamais trop prudent. J’ai presque fini mes stocks de sucre de la première guerre du Golfe, il est temps de reconstituer les réserves. Et c’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette matinée, nous le savons tous ici, en période dé pénurie, le génie français a toujours su s’exprimer pleinement. Si nous n’avons pas de pétrole, nous avons des idées. Le système D, le marché noir, dès que ça tourne mal, ici on sait se débrouiller.

Je vais même vous confier un petit secret : si vous pouviez voir la taille du doggy bag de notre cher Président Christophe Rouvière lorsqu’il quitte ce modeste établissement, vous comprendriez tout de suite ce que la Traversée de Paris veut dire.

Et comme je suis toujours à l’affût des bonnes pratiques, moi, j’ai pris mes responsabilités, organisé une antichambre à défaut d’une salle des marchés, entamé les négociations et je peux vous l’affirmer, le cours du croissant 2e main n’a pas fini de grimper.

…Mais je parle, je parle et vous me direz, à quoi bon économiser sur tout si c’est pour gaspiller sa salive. Allez, rideau, mon triporteur est mal garé et j’ai ma tournée des hôtels particuliers du 8e qui prend du retard. Oui, je me suis lancé dans un nouveau business : la soupe d’Arlequin et si je ne me dépêche pas, les bonnes gens vont mettre les meilleurs morceaux à la poubelle. Ce serait dommage, car après, les opérations de raffinage me prennent un temps fou et ça fait monter le prix du baril… Non, non, ne vous moquez pas, dès 1945, Paul Valery écrivait : « le temps du monde fini commence ». Eh bien je vous le garantis, marchand d’Arlequin c’est un métier d’avenir et un jour ou l’autre, ici aussi, tout le monde finira par aller à la soupe…

02 avril 2008

Marc Pajot : le portrait

13 mars 2008, intervention du navigateur Marc Pajot devant les membres du Club Horizons.

Thème de son intervention: "America's Cup : un nouveau défi."

Préalable à cette intervention, le portrait de Marc Pajot par Pierre Vallet...

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Eh, mes amis, quelle belle prise nous avons là ce matin… Regardez-moi ce pageot bien frais ! Oh ne faîtes pas les petits malouins, vous le savez bien, le secret de la bouillabaisse, c’est d’y mettre autant de variétés de poisson qu’il est possible d’imaginer. Comptez 2 kg une fois étêtés. Du Saint Pierre - le poisson de luxe – de la dorade (ça c’est indispensable), une belle rascasse (là, il faut conserver la tête), une queue de lotte, du lieu, du congre, des rougets, du grondin et naturellement du pageot. Voilà, c’est ce qui figure dans la charte de la bouillabaisse établie en 1980…

Vous ne le saviez pas ? Eh bien je vous le confirme, en cuisine, de Marseille à Paris, le pajot fait d’abord penser à la bouillabaisse. Bon, à Saint Tropez ou à la Baule, il en va désormais autrement parce que là-bas, le pageot s’est fait un prénom… Marc. Un fier gaillard qui a le vent en poupe et qui a fait en son temps les belles heures des premiers journaux de Christine Ockrent ou du jeune PPD entre deux « ahhhhdoupdoupdoupdoupdoupdoupdoup »… C’était une belle époque, les années 70, 80, quand la France se découvrait une passion pour les courses au grand large, l’air marin et ces enfants de Tabarly qui avaient tous découvert l’océan aux côtés du "Sphinx de Bénaudet", de nombreux équipiers qui s'illustreront par la suite, tels Alain Colas, Olivier de Kersauson, Titouan Lamazou, Philippe Poupon et naturellement notre invité… Marc Pajot.

Petit retour en arrière. Marc Pajot, vous êtes né à La Baule en 1953 et depuis toujours, la mer, c’est votre univers. Résumons votre palmarès.

Si vous naviguez depuis votre plus jeune âge, très rapidement vous vous illustrez. Vice-champion du monde en 1968 sur 505, vous êtes médaillé olympique en 1972, à 18 ans, avec votre frère Yves dans une compétition sur Flying Dutchman. Repéré par Eric Tabarly, vous embarquez sur Pen Duick pour votre premier tour du monde. 40e rugissants, 50e hurlants, 60e mugissants…Vous passez votre 1er Cap Horn à l’âge de 20 ans en compagnie du célèbre navigateur.

A cette rude école, vous apprendrez beaucoup… Et en particulier à vous taire car vous avez la réputation d’être un taiseux... Reconverti dans la course Transocéanique, vous terminez deuxième de la Transat en double Lorient-Bermudes-Lorient, en 1979, avec Éric Tabarly, puis remportez la course La Baule-Dakar, en 1980. Petite parenthèse, vous dépassez alors votre Maître Eric Tabarly – pour le moins dans cette compétition – puisqu’il arrivera troisième…

Une performance que vous renouvelez en 1981, puisque sur le catamaran Elf-Aquitaine, vous améliorez le record de la traversée d’ouest en est de l’Atlantique Nord détenu par Éric Tabarly en 9 j, 10 h et 6 min.

Mais la consécration, la compétition qui vous fera connaître du grand public, c’est votre victoire dans la « Route du Rhum » Saint-Malo-Pointe-à-Pitre en 1982… Je passerai sur la suite du Palmarès, tout aussi brillant qui fait de vous l’un des rares skippers si ce n’est le seul, à avoir brillé dans les toutes les disciplines phares du nautisme : la course olympique, la course au grand large, course en solitaire, le match-racing…

Baulois devenu Tropézien depuis une quinzaine d’années, vous n'avez pas pour autant décidé de faire dans le coquillage et crustacés... Vous avez démarré une activité de consultant et de courtier pour la vente de yachts sur le port du célèbre village de Saint Tropez… On vous voit dès lors sur les plus beaux yachts, en compagnie de capitaines d’industrie qui aiment la mer et qui peuvent financer de grands projets... Alors mes amis, n’allez pas croire que nous recevions pour autant ce matin une nouvelle espèce de capitaine bling-bling… Que nenni… Le genre de la maison c’est plutôt sobre, tradi et bon chic bon genre… Mais ces rencontres ont fait naître l’envie de relever un nouveau défi : ramener en France la Coupe de l’America.

Ce n’est certes pas une aventure totalement nouvelle pour vous. A trois reprises, avec des succès divers, vous avez défendu les couleurs de la France dans cette compétition qui est en quelque sorte le Graal des voileux du monde entier… Par deux fois, en 1987 et 1992, vous réussirez l’exploit de vous hisser en demi-finale… 1995 vous laissera un souvenir plus amer – mais comme le disent les grands poètes prolétaires, c’est bien connu, ce n’est pas l’homme qui prend l’amer, c’est l’amer qui prend l’homme… Vous me suivez ?

On connaît la suite, nos compatriotes n'aiment rien tant que brûler leurs anciennes idôles... Ils préfèreront longtemps s’attacher à cet échec plutôt qu’à vos réussites antérieures et c’est sous pavillon Suisse que vous poursuivrez l’aventure en 2000…

Mais ce n’est pas parce que nul n’est prophète en son pays que vous allez renoncer. En janvier dernier, vous annonciez que le Yacht Club de Saint-Tropez se portait candidat pour participer à la prochaine Coupe de l’America qui devrait avoir lieu en 2011.

Premier constat, il ne fallait pas trop vous pousser non plus ! Le terrain était favorable et puis s'est constitué un groupe d'amis, un groupe de partenaires privés qui épaule ce projet pour le mener à bien.

Un deuxième constat est que dans cette prochaine compétition, tout le monde repartait sur une nouvelle jauge. Alors permettez-moi une parenthèse pour les quelques Parisiens comme moi qui sont égarés ce matin dans cette sale et qui ne connaissent rien à la voile. Une nouvelle jauge, cela signifie qu’en terme de conception des bateaux, d'architecture, on repart à zéro sur des bases totalement différentes. Un peu comme en F1 lorsque le cahier des charges technique évolue pour permettre à de nouveaux entrants de relancer la compétition… Là, les bateaux de la prochaine Coupe feront 10 mètres de plus que lors de la précédente… Ce qui veut dire que le challenge est plus ouvert, que nos designers, concepteurs et bassins de carène pourront s’engager sur un travail très constructif qui permette de démontrer leur savoir-faire…

Troisième constat, vous avez chevillé au corps – comme autrefois Eric Tabarly – une volonté de réconcilier la France avec la compétition nautique internationale…

Parce que c’est tout de même un comble. Nous nous intéressons à la toutes sortes de courses au grand large, mais pour ce qui est du match-racing, là, l’individualisme français semble nous pénaliser… Car vous en êtes convaincu et vous souhaitez le démontrer ; la France est une grande nation de voile et le fait qu’on ne puisse pas monter une équipe et l’amener sur la plus haute marche du podium, cela vous irrite…

Ce sont tous ces éléments qui vous ont poussé à y retourner… Vous avez l’expérience et la maturité, acquises tant dans les victoires que dans les défaites… Alors vous aimeriez bien dompter notre caractère peut-être un peu trop latin pour pouvoir réussir dans ce monde de régate anglo-saxon. Vous portez donc les espoirs français et vous êtes sans doute le mieux placé pour le faire… Alors je vous le dis sincèrement, sans vouloir vous mettre la pression, nous comptons sur vous…

Et puis c’était tellement bon ces petits matins blêmes où nos parents apprenaient à la radio qu’un certain Tabarly l’avait emporté contre ces Messieurs les Anglais dans une Transat en solitaire… N’allez pas croire qu’il s’agisse d’un regain de chauvinisme contre la perfide Albion… Non, ce serait plutôt le rêve d’un gamin des années 70 qui aimerait que la France renoue avec l’océan, la légende de ses grands navigateurs…

Certes, nous n’avons jamais déserté la place et aujourd’hui, la relève est là, souvent féminine, peut-être toujours aussi performante, mais la ferveur d’antan ne semble plus là… Regardez le match-racing et la Coupe de l’America… Ca vous déplace 1 million de néo-zélandais sur un port mais en France, si vous en bougez 200, on a l’impression d’avoir réalisé un exploit… Vous me direz, les choses peuvent changer. Dans cette nouvelle aventure, vous venez de recevoir le soutien de Bernard Laporte… Eh, porteriez-vous à tribord ?On imagine déjà la suite, en 2011, à quelques minutes de l’embarquement pour une demi-finale, devant des équipiers concentrés et dans le plus grand recueillement, la lecture de la lettre de Guy Môquet par notre Secrétaire d’Etat aux Sports (avé l’assent)…

Mes chers parents je pars, je vous aime mais je pars, vous n’aurez plus d’enfant ce soir, je n’m’enfuis pas je vole.

Ah pardon, je me mélange un peu ce matin. Ca c’est du Michel Sardou. Vous me direz, depuis le Grenelle de l’Environnement, on recycle à peu près tout et n’importe quoi alors si ça peut motiver les troupes…

Mais je regarde par la fenêtre, il y a tempête ! Ca souffle… Allez, Marc, mon vieux loup de mer, on y va, on y va, il doit bien y avoir au Port autonome de Paris un voilier qui traîne… Venez, on va faire un tour. Marin d’eau douce ou pas, profitons de ce petit grain – peut-être de folie - pour carguer la grand voile et tester un gréement. Nous irons loin, très loin, jusqu’à l’estuaire puis aux Grenadines… Oui parce que moi, quand on me parle de mer ou de marins, j’ai le cœur Grenadine… Alors, tu viens mon loup ?

08 février 2008

François Lemarchand : le portrait

17 janvier 2008, intervention de François Lemarchand, Président Fondateur de Nature & Découvertes.

Thème de son intervention: "Nature & Découvertes ou comment concilier écologie et économie".

Préalable à cette intervention, le portrait de François Lemarchand par Pierre Vallet...