Jérôme Adam: Entreprendre avec sa différence
Membre du Club Horizons
Serge et Philippe Hayat: L'entreprise : Un acteur clé de la société
L'entreprise accessible dès le plus jeune âge...
Alexandre Jardin: 1+1+1 Une Révolution
Quand la société civile décide de déplacer des montagnes...
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 28 septembre 2009 à 17:33 dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 09 juillet 2009 à 11:23 dans Actualité, Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)
19 mai 2009, intervention de Rachida Dati devant les membres du Club Horizons.
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 27 mai 2009 à 11:15 dans Petits-déjeuners, Portraits, Vie du Club | Lien permanent | Commentaires (2)
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 19 mars 2009 à 17:28 dans Petits-déjeuners, Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
18 mars 2009 : intervention de M. Jacques Attali devant les membres du Club Horizons.
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 18 mars 2009 à 13:20 dans Petits-déjeuners, Portraits | Lien permanent | Commentaires (1)
27 janvier 2009 : intervention du Ministre de la Défense et Président du Nouveau Centre, M. Hervé Morin.
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 27 janvier 2009 à 16:19 dans Petits-déjeuners, Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)
27 novembre 2008 : intervention de Geoffroy Roux de Bézieux, Pdg de Virgin Mobile France et Président de l'UNEDIC..
Thème de son intervention : "Salauds de patrons !"
Préalable à cette intervention, le portrait de Geoffroy Roux de Bézieux par Pierre Vallet...
----------------------------
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 28 novembre 2008 à 01:10 dans Petits-déjeuners, Portraits, Vie du Club | Lien permanent | Commentaires (0)
18 septembre 2008 : intervention de Benoît GENUINI, président de l'Agence Nouvelle des Solidarités Actives, ancien président d'Accenture France devant les membres du Club Horizons.
Thème de son intervention : " Au possible nous sommes tenus. Comment combattre les nouvelles formes de pauvreté? "
Préalable à cette intervention, le portrait de Benoît GENUINI par Pierre Vallet (voir la version vidéo)...
----------------------------
Mes amis, chers membres de l’élite, l’heure est grave. C’est dans un climat de panique générale que s’ouvre cette séance. A l’heure où je vous parle, AIG vient officiellement de se mettre sous le chapter Eleven, après l’annonce surprise il y a quelques minutes du revirement de la Fed et le retrait de son plan de sauvetage à 85 milliards de dollars… Trop d’actifs douteux, trop de créances incertaines, trop d’inconnues… Les bourses mondiales sont en chute libre et la place financière parisienne accueille la nouvelle avec philosophie, accusant à l’ouverture une chute de près de 4%...
…Non, je plaisante. Tout ça, c’est demain que cela devrait se produire… Mais je vois à certaine mine réjouie, que le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres. Comme le disait Jules Renard, il ne suffit pas d’être heureux, il faut encore que les autres ne le soient pas… Et il semblerait qu’en ce moment, la roue tourne…
J’imagine bien que ce cynisme est étranger à notre invité du jour qui semble animé par une charité singulière. Bien heureux les miséricordieux…
C’est néanmoins à l’heure où les anciens riches deviennent de nouveaux pauvres, appelant chacun d’entre nous à plus d’humilité, que nous recevons Benoit Genuini, un citoyen engagé dans la lutte contre la pauvreté…
[ndlr : ci-contre, photo Benoit Genuini - copyright Club Horizons 2008]Résumons votre parcours. Il est assez simple. Polytechnicien, vous êtes rentré chez Accenture – à l’époque Andersen Consulting - en 1976. Vous y resterez près de 30 ans. En 1995, vous devenez Président d’Accenture France, au sein de laquelle vous créez un an plus tard une Fondation dédiée au mécénat culturel et au soutien d’actions caritatives dans le domaine de l’éducation et de l’accès à l’emploi. Des enfants de Calcutta à ceux du Mekong, du foyer Saint-Vincent aux passerelles numériques de Phnom Penh – un projet de formation professionnelle au Cambodge que vous présidez toujours -, vous y ferez vos classes solidaires et vous initierez à l’action sociale…
Puis, en juillet 2005, vous rencontrez Martin Hirsch alors Président d’Emmaüs. Il a dans ses cartons un projet d’association, une «machine de guerre» qui permettrait de mettre en œuvre les mesures de son « rapport sur la pauvreté », rapport encensé par toute la classe politique puis gentiment mis aux oubliettes. Idée 1ère de ce rapport : mettre en œuvre des actions locales, expérimentales, innovantes, originales de lutte contre la pauvreté, en partenariat avec les pouvoirs publics et les entreprises. Cela peut paraître assez bête, mais dans un pays comme la France, où l’égalité est une religion et le Centralisme parisien un dogme, l’expérimentation locale reste une révolution…
6 mois vous suffiront pour dire banco. En janvier 2006, vous quittez vos fonctions et co-fondez avec Martin Hirsch l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives. Sous-titre : au possible, nous sommes tenus…
Alors avec cette association, nous sommes aujourd’hui au cœur de l’actualité puisque la 1ère mesure que vous expérimenterez sera le RSA, pour Revenu de Solidarité Active. Mais avant de vous parler du RSA, quelques chiffres, histoire de mettre en perspective la société française et prendre la mesure d’un problème que l’on perçoit parfois mal depuis les salons dorés des 7e et 8e arrondissement…
Le seuil de pauvreté en France statistiquement est de 780€. 7 millions de personnes dont 2 millions d’enfants, vivraient en dessous de ce seuil dans notre pays… Le SMIC, lui n’est pas bien loin. Il est un peu au-dessus de 1000€ net. 17 % des salariés français sont payés au smic, 40 % au-dessous de 1,5 smic. Pour ne rien arranger, la crise du logement déchire le tissu social : selon la Fondation Abbé Pierre, il y a 3 millions de mal-logés en France, dont 2 millions dans des « conditions indécentes » et 100000 SDF.
Voilà déjà quelques repères. Revenons maintenant au RSA. Son principe ? Proposer aux RMistes et aux allocataires de minima sociaux de se dégager de la « trappe à inactivité » en conservant quelques mois une partie de leurs aides. Prenons deux exemples plus concrets.
Admettons que je sois au RMI. Je vais devoir me débrouiller avec 447€ par mois. Si je reprends un travail à quart temps, je toucherai 394€ et mes revenus auront baissé de 53€, près de 15%. En revanche, avec le RSA, je gagnerais 553€. Une augmentation de mes revenus de 106€.
Un autre exemple, peut-être pour illustrer les effets de seuil et le casse-tête des droits connexes au RMI… Prenons un couple de RMIstes sans enfant. Il perçoit 661€ net. Prendre un travail au SMIC ? Avec l’obligation de renoncer à la Couverture Maladie Universelle, de payer plein pot son gaz et son électricité, de perdre ses avantages logement, de payer sa taxe d’habitation ou sa redevance télé, d’abandonner sa prime de Noël, et s’il habite en Ile-de-France, de tirer un trait sur sa Carte orange gratuite – une économie de 142€ / mois ! Sans compter que, pour certains, se posent des problèmes de garde d’enfants. Le jeu de la dignité en vaut-il la chandelle ?
C’est tout l’enjeu du RSA : redonner aux RMIstes un intérêt réel à reprendre une activité… Il est également conçu pour lutter contre la pauvreté au travail. Ainsi, le RSA généralisé sera ouvert aux 1,7 millions de travailleurs pauvres qui ne touchaient jusqu’à maintenant aucune aide au titre des minimas sociaux en raison de ces mêmes « effets de seuil ».
Au total, trois millions de foyers vont ainsi percevoir le RSA…
Le surcoût pour l’Etat ? Au delà des 7,5 milliards mobilisés au titre des minimas sociaux, il sera de 1,5 milliards d’euros supplémentaires pour les seuls six derniers mois de 2009 soit probablement autour de 3 milliards les années suivantes. Une augmentation de 40% des fonds de l’Etat pour l’insertion et contre la pauvreté.
Un effort louable qui pour le moment n’a qu’un défaut : son mode de financement. En l’état actuel des débats, le bouclier fiscal étant sanctuarisé, les 15% des ménages les plus riches de France partageront la bonne fortune de ne point contribuer à ce système de solidarité. Quand on vous parlait de nouvelle solidarité, c’est effectivement inédit et décidément Coluche avait bien raison : il vaut mieux taxer les pauvres, ce sont eux les plus nombreux…
Mais revenons à l’ambition initiale de l’Ansa : éradiquer la pauvreté. Comme aurait dit le Général, « Vaste programme ». Un autre monde serait-il possible ? Une France sans RMIste ??? Eh, pourquoi pas ? Dans ce combat acharné, votre méthode, l’expérimentation et l’adoption des bonnes pratiques locales – une thématique dont Alexandre Jardin est venu ici même nous parler il y a quelques mois avec un enthousiasme communicateur – me laissent à penser que vous pourriez obtenir des résultats inattendus.
Reste que vous ne vous attaquez malheureusement qu’à une forme restreinte de pauvreté, celle des sans-le-sou, des sans-abri, des sans-rien-du-tout…
C’est très nobles, mais permettez-moi, il y a d’autres formes de pauvreté qui mériteraient un regard plus appuyé… Regardez les pauvres d’esprits ou, si vous êtes sarkozyste, les pauvres cons… Ils sont certes sympathiques et bienheureux au Royaume des Béatitudes, mais sincèrement, si vous pouviez ne serait-ce que tenter d’agir à la marge, je serais preneur… Et pour tout vous dire, ces pauvres là me semblent tellement nombreux cette année qu’on a l’impression que ceux de l’année prochaine sont déjà là.
Quant aux pauvres de cœur, la tache semble immense et je vous prédis un avenir bien sombre…. Sachez qu’ils sont légions et qu’en la matière, je doute fort que vous parveniez prochainement à éradiquer l’espèce. Enfin, précisons tout de suite pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, que ces propos ne vous visent nullement. Qu’on ne compte pas sur vous pour jouer les Mère Térésa à 10 000€ / mois… Ainsi, je rappellerai que vous avez quitté un job a priori lucratif pour assurer bénévolement la Présidence de l’Ansa…
Alors, des pauvres de cœur, certes on en compte une foultitude, mais rassurez-vous, Monsieur Genuini, la dernière heure arrivée, vous nous quitterez probablement plus riche que nombre d’entre nous…
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 18 septembre 2008 à 18:34 dans Petits-déjeuners, Portraits, Vie du Club | Lien permanent | Commentaires (0)
15 mai 2008, intervention de Philippe Chalmin - Président de CYCLOPE et Président du DESS Affaires internationales de l'université Paris Dauphine - devant les membres du Club Horizons.
Thème de sont intervention : le choc de la rareté, marchés et incertitudes.
Préalable à cette intervention, le portrait de Philippe Chalmin par Pierre Vallet...
----------------------------
Philippe CHALMIN, bonjour...
Vous être Président de CYCLOPE, une société d'étude spécialisée dans l'analyse des marchés-mondiaux-des-matières premières. Vous êtes consultant auprès d’organismes internationaux (OCDE, CEE, CNUCED). A ces différents titres, vous êtes considéré comme LE spécialiste français de la question des matières premières. Vos tribunes dans la presse font autorité, vos ouvrages référence.
Vous êtes également professeur et Président du DESS Affaires internationales de l'université Paris Dauphine où vous tentez d’inculquer à des têtes bien faîtes qu’on voudrait bien pleines les rudiments des marchés…
Alors de quoi allons-nous parler ce matin ? Si j’ai bien compris d’une situation inhabituelle. Ainsi, notre invité l’affirme, sur les 30 dernières années, il n’a jamais connu pareille conjoncture. Et le seul mois qui vient de s’écouler est de ce point de vue tout à fait exceptionnel : pétrole, charbon, minerai de fer, blé, soja, étain, cobalt… ont battu des records et atteint des niveaux de prix que peu d’analystes auraient imaginé il y a quelques semaines seulement.
[ndlr : ci-contre, Philippe Chalmin - copyright Club Horizons 2008] On sait que cette tension soudaine peut être interprétée sous différents auspices. Certains nous disent par exemple que les prix du blé font simplement l’objet d’un rééquilibrage. Car depuis une soixantaine d’année, les prix agricoles s’érodent, baissent par rapport au pouvoir d’achat des ménages, baissent en dollars constants comme en euros constants et la hausse du prix du blé en 2007 ne serait donc qu’un retour au juste prix, celui du cours américain de 1997 ou de celui de 1991 en euros constants. Même constat pour le maïs, le sucre, le riz…
Oui, mais alors, devrions-nous nous réjouir ce ces émeutes de la faim qui ont éclaté aux 4 coins du Globe ? Certes non, mais certains observateurs auront noté que cette fois-ci, il y a des caméras. Tout cela se passe en ville quand la misère traditionnelle des champs – ces ¾ des 750 millions de personnes qui souffrent de la faim - est silencieuse, dispersée, sous le boisseau…
Ce rééquilibrage se doublerait même d’un phénomène de ralentissement de l’exode rural, le prix de vente des denrées alimentaires locales étant LA variable qui accélère ou ralentit la fuite des paysans vers la ville… Ce ralentissement pourrait ainsi aider la planète à passer le cap de l'industrialisation à marche forcée de certains pays en développement qui conjuguée à une forte croissance démographique tire inéluctablement la demande à la hausse….
Je parle ici de ces produits agricoles dont on constate parfois avec dépit qu’ils sont aussi de véritables produits financiers, des valeurs refuges voire spéculatives… Rappelons qu’à la City, sur les seuls mois de janvier et février de cette année, le volume des contrats à terme sur l'ensemble des matières premières a augmenté de 65 % par rapport à la même période en 2007…. « Et tu as gagné combien cette année sur l’or vert ? Une vingtaine de millions de morts supplémentaires, et toi ? »
Et Philippe Chalmin, de dénoncer notre conception non nourricière de l'agriculture et ce «mythe du paysan jardinier», ce sympathique personnage qui participerait plus de l’aménagement décoratif du territoire que de la production de denrées comestibles.
Sans compter la part des cultures destinées à produire de l’éthanol ou du bioéthanol qui si vous me passez l’expression alimente la spéculation. Oui, car pour lutter contre le réchauffement climatique nous avons décidé de ne plus cultiver pour nourrir mais pour nous déplacer. On savait que « partir c’est mourir un peu… », il semble que nos déplacements y contribueront un peu plus chaque jour…
…Reste d'autres matières, qui nous concernent peut-être plus en tant que simples consommateurs parce que je ne sais pas pour vous mais moi, je n’ai jamais vraiment eu beaucoup de blé ni d’oseille… Oui, au-delà de l’or vert, je veux vous parler de cet or noir qui semble destiné à faire fondre notre pouvoir d’achat comme neige au soleil…
Jeudi 8 mai, le baril fleuretait avec la barre des 125 dollars. Les analystes de Goldman Sachs ont jugé de leur côté que le prix de l’or noir pourrait atteindre 150 voire 200 dollars dans les 6 à 24 mois…
Ces prévisions menaçantes ont poussé les investisseurs à acheter encore plus de « barils papier » ce qui aurait fait monter d’autant les cours …et les profits des intervenants de poids sur les marchés pétroliers – parmi lesquels Goldman Sachs. L’histoire du pompier pyromane a de beaux jours devant elle.
Alors bien sûr, on peut chausser ses lunettes roses, penser que 78% de la production française d’électricité vient du nucléaire ce qui nous place au premier rang mondial en la matière et voir dans la flambée du pétrole « Une chance pour la France » comme le titrait le Figaro Magazine en novembre 2007. « Une chance pour la France ». Pardonnez-moi, mais parfois, ce petit égocentrisme français me donne un peu la nausée. Ils auraient aussi pu titrer « Un malheur pour le reste du monde ». Alors, je sais, comme le disait Jules Renard, « il ne suffit pas d’être heureux, il faut encore que les autres ne le soient pas », mais tout de même, l’indécence a des bornes au regard des valeurs d’humanisme et d’altruisme que la France, cette vieille Nation, prétend incarner…
…Mais allez, j’aurais certes souhaité poursuivre plus avant ces considérations philanthropes mais je ne voudrais pas me retrouver dans le rôle du mauvais convive et vous laisser le croissant en suspens en travers des amygdales… Christophe, Florence, mes amis, je vous en prie, resservez-vous. La pénurie nous guette, ce serait bête de gâcher…
D’autant que sans vouloir jouer les mauvaises augures, il semble que l’heure soit proche où nous devrons tous reprendre la chasse au gaspi, une espèce qui s’était fait aussi rare que le dahu ces dernières années mais qui après l’ours des Pyrénées et le loup du Mercantour, en catimini, sans faire de bruit a été réintroduite sur le territoire national et devrait faire un come-back fracassant dans nos vies…
Alors vous me trouverez peut-être pessimiste, mais je que voulez-vous, je suis soutien de famille et l’on n’est jamais trop prudent. J’ai presque fini mes stocks de sucre de la première guerre du Golfe, il est temps de reconstituer les réserves. Et c’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette matinée, nous le savons tous ici, en période dé pénurie, le génie français a toujours su s’exprimer pleinement. Si nous n’avons pas de pétrole, nous avons des idées. Le système D, le marché noir, dès que ça tourne mal, ici on sait se débrouiller.
Je vais même vous confier un petit secret : si vous pouviez voir la taille du doggy bag de notre cher Président Christophe Rouvière lorsqu’il quitte ce modeste établissement, vous comprendriez tout de suite ce que la Traversée de Paris veut dire.
Et comme je suis toujours à l’affût des bonnes pratiques, moi, j’ai pris mes responsabilités, organisé une antichambre à défaut d’une salle des marchés, entamé les négociations et je peux vous l’affirmer, le cours du croissant 2e main n’a pas fini de grimper.
…Mais je parle, je parle et vous me direz, à quoi bon économiser sur tout si c’est pour gaspiller sa salive. Allez, rideau, mon triporteur est mal garé et j’ai ma tournée des hôtels particuliers du 8e qui prend du retard. Oui, je me suis lancé dans un nouveau business : la soupe d’Arlequin et si je ne me dépêche pas, les bonnes gens vont mettre les meilleurs morceaux à la poubelle. Ce serait dommage, car après, les opérations de raffinage me prennent un temps fou et ça fait monter le prix du baril… Non, non, ne vous moquez pas, dès 1945, Paul Valery écrivait : « le temps du monde fini commence ». Eh bien je vous le garantis, marchand d’Arlequin c’est un métier d’avenir et un jour ou l’autre, ici aussi, tout le monde finira par aller à la soupe…
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 21 mai 2008 à 18:03 dans Petits-déjeuners, Portraits, Vie du Club | Lien permanent | Commentaires (0)
13 mars 2008, intervention du navigateur Marc Pajot devant les membres du Club Horizons.
Thème de son intervention: "America's Cup : un nouveau défi."
Préalable à cette intervention, le portrait de Marc Pajot par Pierre Vallet...
------------------------
Eh, mes amis, quelle belle prise nous avons là ce matin… Regardez-moi ce pageot bien frais ! Oh ne faîtes pas les petits malouins, vous le savez bien, le secret de la bouillabaisse, c’est d’y mettre autant de variétés de poisson qu’il est possible d’imaginer. Comptez 2 kg une fois étêtés. Du Saint Pierre - le poisson de luxe – de la dorade (ça c’est indispensable), une belle rascasse (là, il faut conserver la tête), une queue de lotte, du lieu, du congre, des rougets, du grondin et naturellement du pageot. Voilà, c’est ce qui figure dans la charte de la bouillabaisse établie en 1980…
Vous ne le saviez pas ? Eh bien je vous le confirme, en cuisine, de Marseille à Paris, le pajot fait d’abord penser à la bouillabaisse. Bon, à Saint Tropez ou à la Baule, il en va désormais autrement parce que là-bas, le pageot s’est fait un prénom… Marc. Un fier gaillard qui a le vent en poupe et qui a fait en son temps les belles heures des premiers journaux de Christine Ockrent ou du jeune PPD entre deux « ahhhhdoupdoupdoupdoupdoupdoupdoup »… C’était une belle époque, les années 70, 80, quand la France se découvrait une passion pour les courses au grand large, l’air marin et ces enfants de Tabarly qui avaient tous découvert l’océan aux côtés du "Sphinx de Bénaudet", de nombreux équipiers qui s'illustreront par la suite, tels Alain Colas, Olivier de Kersauson, Titouan Lamazou, Philippe Poupon et naturellement notre invité… Marc Pajot.
Petit retour en arrière. Marc Pajot, vous êtes né à La Baule en 1953 et depuis toujours, la mer, c’est votre univers. Résumons votre palmarès.
Si vous naviguez depuis votre plus jeune âge, très rapidement vous vous illustrez. Vice-champion du monde en 1968 sur 505, vous êtes médaillé olympique en 1972, à 18 ans, avec votre frère Yves dans une compétition sur Flying Dutchman. Repéré par Eric Tabarly, vous embarquez sur Pen Duick pour votre premier tour du monde. 40e rugissants, 50e hurlants, 60e mugissants…Vous passez votre 1er Cap Horn à l’âge de 20 ans en compagnie du célèbre navigateur.
A cette rude école, vous apprendrez beaucoup… Et en particulier à vous taire car vous avez la réputation d’être un taiseux... Reconverti dans la course Transocéanique, vous terminez deuxième de la Transat en double Lorient-Bermudes-Lorient, en 1979, avec Éric Tabarly, puis remportez la course La Baule-Dakar, en 1980. Petite parenthèse, vous dépassez alors votre Maître Eric Tabarly – pour le moins dans cette compétition – puisqu’il arrivera troisième…
Une performance que vous renouvelez en 1981, puisque sur le catamaran Elf-Aquitaine, vous améliorez le record de la traversée d’ouest en est de l’Atlantique Nord détenu par Éric Tabarly en 9 j, 10 h et 6 min.
Mais la consécration, la compétition qui vous fera connaître du grand public, c’est votre victoire dans la « Route du Rhum » Saint-Malo-Pointe-à-Pitre en 1982… Je passerai sur la suite du Palmarès, tout aussi brillant qui fait de vous l’un des rares skippers si ce n’est le seul, à avoir brillé dans les toutes les disciplines phares du nautisme : la course olympique, la course au grand large, course en solitaire, le match-racing…
Baulois devenu Tropézien depuis une quinzaine d’années, vous n'avez pas pour autant décidé de faire dans le coquillage et crustacés... Vous avez démarré une activité de consultant et de courtier pour la vente de yachts sur le port du célèbre village de Saint Tropez… On vous voit dès lors sur les plus beaux yachts, en compagnie de capitaines d’industrie qui aiment la mer et qui peuvent financer de grands projets... Alors mes amis, n’allez pas croire que nous recevions pour autant ce matin une nouvelle espèce de capitaine bling-bling… Que nenni… Le genre de la maison c’est plutôt sobre, tradi et bon chic bon genre… Mais ces rencontres ont fait naître l’envie de relever un nouveau défi : ramener en France la Coupe de l’America.
Ce n’est certes pas une aventure totalement nouvelle pour vous. A trois reprises, avec des succès divers, vous avez défendu les couleurs de la France dans cette compétition qui est en quelque sorte le Graal des voileux du monde entier… Par deux fois, en 1987 et 1992, vous réussirez l’exploit de vous hisser en demi-finale… 1995 vous laissera un souvenir plus amer – mais comme le disent les grands poètes prolétaires, c’est bien connu, ce n’est pas l’homme qui prend l’amer, c’est l’amer qui prend l’homme… Vous me suivez ?
On connaît la suite, nos compatriotes n'aiment rien tant que brûler leurs anciennes idôles... Ils préfèreront longtemps s’attacher à cet échec plutôt qu’à vos réussites antérieures et c’est sous pavillon Suisse que vous poursuivrez l’aventure en 2000…
Mais ce n’est pas parce que nul n’est prophète en son pays que vous allez renoncer. En janvier dernier, vous annonciez que le Yacht Club de Saint-Tropez se portait candidat pour participer à la prochaine Coupe de l’America qui devrait avoir lieu en 2011.
Premier constat, il ne fallait pas trop vous pousser non plus ! Le terrain était favorable et puis s'est constitué un groupe d'amis, un groupe de partenaires privés qui épaule ce projet pour le mener à bien.
Un deuxième constat est que dans cette prochaine compétition, tout le monde repartait sur une nouvelle jauge. Alors permettez-moi une parenthèse pour les quelques Parisiens comme moi qui sont égarés ce matin dans cette sale et qui ne connaissent rien à la voile. Une nouvelle jauge, cela signifie qu’en terme de conception des bateaux, d'architecture, on repart à zéro sur des bases totalement différentes. Un peu comme en F1 lorsque le cahier des charges technique évolue pour permettre à de nouveaux entrants de relancer la compétition… Là, les bateaux de la prochaine Coupe feront 10 mètres de plus que lors de la précédente… Ce qui veut dire que le challenge est plus ouvert, que nos designers, concepteurs et bassins de carène pourront s’engager sur un travail très constructif qui permette de démontrer leur savoir-faire…
Troisième constat, vous avez chevillé au corps – comme autrefois Eric Tabarly – une volonté de réconcilier la France avec la compétition nautique internationale…
Parce que c’est tout de même un comble. Nous nous intéressons à la toutes sortes de courses au grand large, mais pour ce qui est du match-racing, là, l’individualisme français semble nous pénaliser… Car vous en êtes convaincu et vous souhaitez le démontrer ; la France est une grande nation de voile et le fait qu’on ne puisse pas monter une équipe et l’amener sur la plus haute marche du podium, cela vous irrite…
Ce sont tous ces éléments qui vous ont poussé à y retourner… Vous avez l’expérience et la maturité, acquises tant dans les victoires que dans les défaites… Alors vous aimeriez bien dompter notre caractère peut-être un peu trop latin pour pouvoir réussir dans ce monde de régate anglo-saxon. Vous portez donc les espoirs français et vous êtes sans doute le mieux placé pour le faire… Alors je vous le dis sincèrement, sans vouloir vous mettre la pression, nous comptons sur vous…
Et puis c’était tellement bon ces petits matins blêmes où nos parents apprenaient à la radio qu’un certain Tabarly l’avait emporté contre ces Messieurs les Anglais dans une Transat en solitaire… N’allez pas croire qu’il s’agisse d’un regain de chauvinisme contre la perfide Albion… Non, ce serait plutôt le rêve d’un gamin des années 70 qui aimerait que la France renoue avec l’océan, la légende de ses grands navigateurs…
Certes, nous n’avons jamais déserté la place et aujourd’hui, la relève est là, souvent féminine, peut-être toujours aussi performante, mais la ferveur d’antan ne semble plus là… Regardez le match-racing et la Coupe de l’America… Ca vous déplace 1 million de néo-zélandais sur un port mais en France, si vous en bougez 200, on a l’impression d’avoir réalisé un exploit… Vous me direz, les choses peuvent changer. Dans cette nouvelle aventure, vous venez de recevoir le soutien de Bernard Laporte… Eh, porteriez-vous à tribord ?On imagine déjà la suite, en 2011, à quelques minutes de l’embarquement pour une demi-finale, devant des équipiers concentrés et dans le plus grand recueillement, la lecture de la lettre de Guy Môquet par notre Secrétaire d’Etat aux Sports (avé l’assent)…
Mes chers parents je pars, je vous aime mais je pars, vous n’aurez plus d’enfant ce soir, je n’m’enfuis pas je vole.
Ah pardon, je me mélange un peu ce matin. Ca c’est du Michel Sardou. Vous me direz, depuis le Grenelle de l’Environnement, on recycle à peu près tout et n’importe quoi alors si ça peut motiver les troupes…
Mais je regarde par la fenêtre, il y a tempête ! Ca souffle… Allez, Marc, mon vieux loup de mer, on y va, on y va, il doit bien y avoir au Port autonome de Paris un voilier qui traîne… Venez, on va faire un tour. Marin d’eau douce ou pas, profitons de ce petit grain – peut-être de folie - pour carguer la grand voile et tester un gréement. Nous irons loin, très loin, jusqu’à l’estuaire puis aux Grenadines… Oui parce que moi, quand on me parle de mer ou de marins, j’ai le cœur Grenadine… Alors, tu viens mon loup ?
Rédigé par Secrétariat Club Horizons le 02 avril 2008 à 17:20 dans Petits-déjeuners, Portraits, Vie du Club | Lien permanent | Commentaires (0)


Les commentaires récents