Mardi 6 juillet 2010 : intervention de Jean-Paul Cluzel, Président du Grand Palais et de la Réunion des Musée Nationaux, ancien Directeur de l'Opéra de Paris et ancien Président de Radio France.
Thème de ce petit déjeuner : l'accès de tous à la culture.
Préalable à cette intervention, le portrait par Pierre Vallet (...clin d'oeil à Stéphane Guillon inside) *.
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Version vidéo
Portrait Jean-Paul Cluzel
envoyé par Pierre_Vallet. - L'info video en direct.
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Version texte
Jean-Paul Cluzel, bonjour,
Vous avez 63 ans. Vous êtes énarque. Vous vous définissez comme un catho, gay et libéral – au sens anglo-saxon du terme.
Votre carrière professionnelle vous a conduit de l’inspection des finances à la direction de l’Opéra de Paris – preuve qu’il y a un espoir dans la vie – en passant par quelques séjours en cabinets ministériels généralement sous des gouvernements de droite – preuve qu’il y a un peu de désespoir également.
Vous avez présidé Radio France International de 1995 à 2004, date à laquelle vous avez succédé à Jean-Marie Cavada à la tête de Radio France…
Alors permettez-moi d’y aller franco : ce récent épisode vous rend plutôt sympathique. Oui, parce qu’avoir eu le privilège de piloter Radio France à l’heure où Stéphane Guillon lançait ses fameuses piques à Dominique Strauss-Kahn ou plantait ses banderilles sur Martine Aubry, ça inspire de la sympathie. Ou de la commisération. Si j’y ajoute votre combat contre le SIDA, votre lutte pour la diversité et votre pose dans un calendrier gay – après les Dieux du Stade, les Vieux de la Radio – je vous l’avoue, je suis séduit.
Et puis vous avez été viré par Nicolas Sarkozy. Ca aussi, cela inspire une certaine affection. Enfin, viré, n’exagérons rien. Nicolas Sarkozy voulait nommer en direct les dirigeants des radios et télés publiques. Il l’a fait. Après, il fallait bien trouver un prétexte, n’importe lequel, pour ne pas vous reconduire à la tête de Radio France. Ben oui, nouveaux animateurs populaires, grille dépoussiérée, audience en hausse, jours de grève en baisse – 4500 en 2004, 150 en 2008 - c’est pas évident de virer quelqu’un qui a un bon bilan. Alors Guillon, le calendrier gay, peu importe, il faut bien offrir aux journalistes quelques aspérités…
Mais permettez-moi une parenthèse à propos de ce calendrier gay. Oui, vous avez accepté en 2009 de poser pour le calendrier d’un tatoueur vendu au bénéfice d’une association de lutte contre le SIDA… Une démarche iconoclaste – ne dite pas le contraire, je connais peu de hauts fonctionnaires qui posent dans des calendriers de tatoués – qui aurait paraît-il inspiré à Nicolas Sarkozy cette merveilleuse citation : "Ce n'est pas digne d'un patron du service public. Ce type est fou. Il se croit tout permis. Sa vie privée, c'est sa vie privée. Il fait ce qu'il veut mais il n'a pas à s'afficher comme ça".
Le genre de sentence dont je vous avouerais je me délecte parce que finalement, quand le Big Boss du Bling Bling qui se fait gommer les bourrelets dans Paris-Match ou s’étale à longueur de semaine avec sa 2e 1ère dame dans les magazines people vous donne des leçons de bienséance, très sincèrement, c'est d'un drôle...
En plus, comme le remarquait un internaute facétieux, c'est le genre de phrase qui s'adapte à tout. Exemple : "Ce couple présidentiel est fou. Il se croit tout permis, sa vie privée, c'est sa vie privée. Il en fait ce qu'il veut mais il n'a pas à s'afficher comme ça".
Une réflexion d'autant plus déplacée que finalement, elle était plutôt soft cette photo. Du reste, au 1er abord, vous n’êtes pas identifiable... C'est vous avec le masque de catcheur torse nu, tout tatoué, là, tout partout ? Parce qu’au départ, je vous avais confondu avec l’autre, qui vous tient par les épaules avec un regard concupiscent - "un vilain mot pour un vilain sentiment" comme disait Bernard Pivot, un mec très gai lui aussi mais dans le genre joyeux.
Mais revenons à Stéphane Guillon. C’est donc sous votre règne que Stéphane Guillon a commencé à développer cet humour douteux qui ne remporte pas un franc succès à la Kommandantur. Oui, parce que, vous le savez, sous la Ve République, le Président de la République est à la fois arbitre et capitaine… Et Nicolas Sarkozy, qui a décidé vous l’avez tous remarqué d’habiter pleinement la fonction, entend exercer ses pouvoirs d’arbitrage en matière d'humour également. Oui, le Président aime arbitrer, ce qui est de bon goût, ce qui ne l'est pas. Et il faut bien le dire, dans ce registre, notre leader maximo, notre grand timonier a le jugement très sûr comme la dent dure.
Vous me direz, oser railler à une heure de très grande écoute Dominique Strauss-Kahn sur sa vie privée ou Martine Aubry sur son physique, ce n'est pas très correct. L'humour, ce n'est pas drôle quand c'est principalement de la méchanceté et l’on prête à cette sortie soi-disant humoristique et paraît-il déplacée d’être la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase sarkozien…
Quelle bonne poilade ! Franchement, aller croire que Nicolas Sarkozy aurait pu prendre la décision de ne pas vous reconduire à la tête de Radio France pour une question de bon goût ou d'humour, c'est pousser le bouchon un peu loin et prêter aux grands de ce monde – pardon, aux petits - un caractère bien velléitaire, pusillanime et versatile quand bien au contraire le fondement de leur personne est une niaque durable, des haines implacables, la soif, l'envie, autrefois la fidélité…
Enfin, la fidélité, c’est peut-être cela qu’on vous a fait payer. Oui, rappelons-le, vous êtes un ami de 38 ans d’Alain Juppé aux côtés duquel vous avez usé vos fonds culotte à l’ENA en 1972. Vous êtes le parrain de sa 1ère fille et l’on voit bien qu’en retour vous êtes sans doute apparu comme parrainé par la Chiraquie.
Alors le calendrier des tatoués ou Guillon, croyez-moi, peccadille ! Si vous aviez été le parrain des enfants de Brice Hortefeux, vous auriez pu défiler le 14 juillet à poil avec une plume dans le cul avenue des Champs-Elysées et je peux vous garantir que toute la Sarkozie aurait trouvé ça du meilleur goût. Parce qu'à la Kommandantur aussi on sait apprécier la bonne rigolade et l'humour gaulois !
Non, et puis, tout ça, cela n'a rien de personnel. Il s'agit juste de verrouiller un peu - avec des succès divers - et de placer des amis, des gens en qui on a confiance, sur qui l'on peut compter - je veux dire que l'on tient - à des postes sensibles... A la kommandantur, il n'y a rien qu'on ne supporte moins que l'indiscipline... Et puis il n'y a rien de personnel dans tout ça. Si on ne vous aimait pas, on ne vous aurait pas confié le Grand Palais et la réunion des musées nationaux.
...Et puis, à la tête d’entreprises ou d’établissements publics, vous avez connu successivement les modes de gouvernance de François Mitterrand, Jacques Chirac, aujourd’hui Nicolas Sarkozy… Il y a rien de fondamentalement nouveau sous le soleil. A la tête de RFI, vous avez également vu ce que ça donne en Afrique. L’un de vos grands reporters Jean Hélène y a laissé sa vie en Cote d’Ivoire… Alors il faut savoir raison garder et comme vous le rappelez, l'honnêteté vous oblige à dire que vos rapports avec Nicolas Sarkozy ont toujours été francs et courtois…
Il y a des choses plus graves. Vous qui avez participé à votre première Gay Pride en 1980 et appartenez à une génération décimée par le SIDA, qui défendez les droits des minorités – y compris la minorité à laquelle vous appartenez - vous savez que votre honneur réside peut-être ailleurs, par exemple dans le fait de faire partie – à l’instar de Bertrand Delanoë, Jean-Jacques Aillagon ou Pierre Bergé - de ce petit nombre de personnalités qui ont fait bouger les lignes sur l’homosexualité.
Un combat qui n’apparaît pas nécessairement une évidence pour chacun d’entre nous – nous sommes en France, au 21e siècle, n’est-ce pas – mais vous qui venez de vous pacser le 25 juin dernier avec votre compagnon Nicolas, pourrez nous confirmer que cette cérémonie n’est toujours proposée que dans les 12 mairies des arrondissements de gauche de la Capitale…
Enfin, vous menez depuis le 3 novembre 2009 dernier un nouveau combat puisque sur proposition de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, le Président de la République vous a nommé Président de l’établissement public du Grand Palais des Champs Elysées et Président du conseil d’administration de la Réunion des musées nationaux – rien de personnel disais-je…
…Votre feuille de route : redéfinir l’identité et les missions de ce monument exceptionnel au cœur de Paris et élaborer un projet culturel cohérent visant à créer un grand Palais des Arts et des Sciences du XXIème siècle, emblématique du Grand Paris de la culture.
Dès le mois d’avril dernier vous remettiez donc au Ministre de la Culture un 1er rapport sur le sujet. Vous y proposez un dispositif organisé sur 3 axes :
- une ouverture 12 mois sur 12 – le Grand Palais ne propose à ce jour aucune programmation près de 6 mois par an.
- une rénovation complète du lieu avec la volonté de lui redonner son unité en décloisonnant Grand Palais, Petit Palais et les 6000 m2 de galeries nationales à ce jour inutilisées
- et la formation d'un nouvel opérateur culturel puisque vous travaillez au rapprochement et synergies à construire entre le Grand Palais et la Réunion des musées nationaux qui rappelons-le a dans son giron une collection hétéroclite d'établissements comme le Palais de la Porte Dorée, l'Hôtel de Cluny, le Musée Guimet ou encore le Chateau d'Ecouen...
Vous avez pour conduire cette mission un modèle, celui de la Tate Modern de Londres ou de ces musées américains qui savent si bien rentabiliser leur activité et attirer un large public. Vous avez également une conviction celle que la culture aujourd'hui ne se visite plus. Elle se vit et doit notamment s’imaginer en symbiose avec toutes les nouvelles formes de partage en ligne : le Grand Palais comme la Réunion des Musées Nationaux se sont ainsi enrichis récemment de leur page Facebook…
Oui, il faut décloisonner, porter la culture là où le public est…
L’occasion pour moi d’attirer votre attention sur votre public de ce matin, un public en friche, des décideurs notoirement décérébrés par des heures et des heures de lecture compulsive d’e-mails sur des iphone, blackberry(ies) ou autres gadgets de geeks qui les poursuivent jusque dans les lieux d’aisance…
Leur dernière lecture ? Un bilan comptable, une offre publique d’achat, un contrat de travail ou plus rarement quelques lignes grasses d’un journal saumon… L’accès à tous à toutes les formes de culture… Vaste programme et thème de votre intervention. Jean-Paul Cluzel, merci de cette attention particulière pour ces nécessiteux…
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* Jacques Attali, Mike Horn, Patricia Barbizet, Rachida Dati... Voir tous les portraits réalisés par Pierre Vallet - Straterial pour le Club Horizons.



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