30 mars 2010 : intervention de Patrick Lozès, Président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) devant les membres du Club Horizons.
Préalable à cette intervention, le portrait par Pierre Vallet *.
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Patrick Lozès, bonjour...
Vous êtes né en 1965 à Porto Novo au Bénin. Votre père, Gabriel, est sénateur de la IVe République, puis ministre de la Santé et ministre des Affaires étrangères du Dahomey - renommé en Bénin en 1975. En 1979, votre famille s'installe en France à Creil (Oise), puis à Villepinte (Seine-Saint-Denis).
Diplômé en pharmacie et diplômé de l'École supérieure de commerce de Paris, vous rejoignez l’UDF en 1988. Vous êtes candidat sous cette étiquette lors des élections législatives de 2002, dans la première circonscription de Paris.
Mais c’est sous une autre forme que vous allez pousser l’action politique. Engagé contre les discriminations, vous créez l’année suivante le Centre d'action pour la promotion de la diversité en France, puis en 2005, vous fondez le Conseil représentatif des associations noires de France, le CRAN...
...Alors voilà, je dois vous le dire, j'attaque ce matin un 20e portrait et je suis un peu tétannisé. Vague amuseur public, j’ai interdit à tous mes camarades de jeu, caméras vidéos, téléphones portables et autres moyens d’enregistrement... Car mes amis, vous l’aurez compris, avec les communautés, nous abordons un terrain miné... Noir, arabe, musulman, juif... Normalement, à cet instant même vous êtes en train de vous dire : oh putain, ça y est, ça va déraper, Pierre, il va encore partir en live, raconter une bonne blague et se retrouver en Une du Post demain, sur LCI demain soir, sauf que cette fois-ci ce sera pas parcequ’il est en train de chanter devant Rachida Dati. Le Club Horizons, c’est plié et nos Présidents, anciens présidents vont devoir rayer une ligne de leur carte de visite et sponsors que je me dois de nommer pour les mouiller un peu - PriceWaterHouseCoopers, La Banque Neuflize-OBC, vont se faire la malle... Qu’allaient-ils faire dans cette galère.
Eh bien voilà une belle démonstration de là où nous en somme... Et croyez-moi, moi aussi, j'ai peur. La liberté d'expression pour laquelle, cher Patrick, vous vous battez, peut-être devrais-je dire nous nous battons, est en si bonne forme dans notre bonne patrie voltairienne que je me suis demandé si je devais faire viser ce texte par un avocat avant de le lire.
Le politiquement correct est en passe de devenir une norme légale et je crains de finir au pilori si ce n’est sous écrou pour une phrase maladroite, un corps social traditionnel français de travers ou une blague sur les auvergnats de trop.
Je me vois donc obligé de préciser que je suis ici un humoriste, contraint de rire de tout avec à peu près tout le monde, lecteur assidu de Pierre Desproges, formé à l’amour de son prochain et surtout de sa prochaine ne le dîtes pas à mon épouse par Daniel Pennac et quelques prêtres pédophiles mais je ne voudrai pas stigmatiser une communauté qui par ailleurs ne se fait pas beaucoup de bien et toutes ces précautions de langage étant prises, j’aborde le sujet de notre jour : comment créer de l’égalité.
Alors essayons de préciser l’enchaînement des problèmes. Un fronton républicain affichant haut et fort Liberté, Egalité, Fraternité. Une réalité sociale qui témoigne de discriminations. Du fait d’un traumatisme collaborationniste, une France qui se méfie des fichiers et où il est interdit de compter. Aucune statistique officielle pour fonder une argumentation. Alors on s’engueule. Et comme le con de gauche est un vrai con tandis que le con de droite est un d’abord un salaud, nous ne sommes pas sortis d’affaire...
Dès lors, est-il sage de réclamer des mesures pour plus d’égalité ? Si la République se réclame de l’égalité pour certains, de l’égalité des chances pour d’autres, de l’égalité devant l’impôt pour d’autres encore, quelles mesures prendre pour y parvenir ? Devons-nous accepter une logique de discrimination positive pour corriger le darwinisme ambiant ? Il paraît que l’acceptation du darwinisme est un facteur fort de différenciation entre la droite et la gauche... D’un côté, on souhaite corriger la nature pour plus de justice. De l’autre, pour plus de justice également, on souhaite laisser faire car le remède serait pire que le mal...
Face à toutes ces questions, vous avez remis conjointement à Monsieur le Ministre de l’Intérieur, des Collectivités territoriales et de l’outremer, Brice Hortefeux, et au Ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner un rapport et 50 propositions pour le vivre ensemble, propositions parmi lesquelles la création d’un observatoire national du racisme - je vous conseille le comptoir du bar des sportifs ou la buvette de l’assemblée nationale, ce sont deux bons postes d’observation - et l’instauration de statistiques de la diversité, sachant que pour ne heurter personne, aujourd’hui comme demain, ces statistiques seraient validées par la CNIL, anonymes, auto-déclaratives, sans constitution de fichiers... Un ensemble de conditions dont j’avoue - je ne suis pas très fort en mathématiques - je me demande bien comment on pourra les traiter...
Mais qu’on ne s’y trompe pas, si vous luttez contre le racisme, vous êtes également opposé au communautarisme...
Je vous dirai très sincèrement qu’un fait échappe sans doute ici au plus grand nombre puisque vous présidez une association qui souhaite - je cite vos statuts - lutter contre les discriminations dont sont victimes les populations noires et contribuer à l’épanouissement économique, social et culturel des populations noires de France - ou encore promouvoir la solidarité au sein des populations noires de France, l’image des populations noires et œuvrer pour le développement et la dignité de ces populations...
...Mais vous le répétez sans cesse, on peut lutter contre le communautarisme sans nier les communautés. Vous me suivez ? Non parce que je ne sais pas si tout le monde a eu le temps de se servir un café, et honnêtement, si comme moi on est pas trop du soir et encore moins du matin, certaines subtilités peuvent vous échapper et on a vite fait de prendre des vessies pour des lanternes...
Pardonnez-moi donc cette petite leçon de texte à l’usage des non-comprenants... Vous expliquez en ouverture de votre rapport que la « communauté » renvoie à une confiance mutuelle, à un lien émotionnel et à une homogénéité relative. Par exemple, la famille est une communauté, et on parle bien de « communauté familiale ». Il existe aussi des communautés professionnelles. On parle, par exemple, de la « communauté universitaire » ou de la « communauté des chercheurs ». Les communautés jouent, de ce point de vue, un rôle social essentiel, dans la mesure où elles peuvent donner aux personnes qui en font partie une forme de reconnaissance. Elles sont parfois un refuge contre l’anonymat, l’indifférence, ou même l’agression. Les communautés ne constituent donc pas, en tant que telles, la problématique du communautarisme qui qualifie les revendications culturelles ou politiques de groupes minoritaires, un terme qui n’existe en somme pour l’essentiel que comme figure de ce qu’il faut rejeter face au dogme républicain.
Cette introduction à votre rapport est du reste passionnante puisque vous y expliquez que la lutte contre le communautarisme - que vous partagez - aboutit souvent à des résultats inverses de celui recherché et risque de finir par s’opposer à la lutte contre le racisme... Ainsi, la dénonciation des associations anti-racistes , fondée généralement sur leur manque de légitimité démocratique, rejoindrait la dénonciation des lobbies juifs dans les années 30...
...Reste que le combat de cette communauté que vous rassemblez dans votre association est en pointe - avec SOS Racisme, la LICRA, le MRAP, le Collectif Banlieues Respect, Club Averroes - sur tous les combats anti-racistes qui viennent régulièrement faire le buzz sur nos antennes...
Et il faut dire que depuis quelques mois, nous avons été servi en la matière... Hortefeux et ses Auvergnats, Morano et ses jeunes à casquette, Frêche et sa tronche pas catholique, Soumaré et son casier judiciaire vierge, Besson et son ministère de l’identité nationale, Longuet et son corps traditionnel français... Il n’est pas une semaine sans qu’une petite phrase vienne à tort ou raison animer les débats. Au coeur de ces derniers, la diversité et une question : comment vivre ensemble ?
Alors je ne suis pas militant du CRAB - Conseil représentatif des associations blanches - mais on voit bien l’argument qu’il pourrait vous servir : on a le droit de préciser la couleur de peau des populations noires vivant en France pour se féliciter de leur apport et dans ce cas, leurs spécificités culturelles peuvent être mises en avant, dans un éloge du multiculturalisme - mais on n’aurait pas le droit de le faire, pour pointer des sujets qui posent problème car ce serait évidemment « stigmatiser certains » sauf à prendre beaucoup de précautions de langage, à tenir un discours préalable expliquant le contexte général, socio-économique, culturel, etc. !
Exemple avec les récents propos d’Eric Zemmour expliquant les contrôles au faciès puisque je le cite «la plupart des délinquants sont noirs et arabes, c’est un fait». Déclaration qui a valu à son auteur une tempête médiatique force 5 et un appel du CRAN aux employeurs d’Eric Zemmour comme au CSA à ne pas laisser le polémiste poursuivre ses atteintes répétées aux valeurs de la France.
N’étant pas un habitué des tribunaux, je ne sais pas si M. Zemmour en a une meilleure connaissance que moi ou sur quelles statistiques il peut s’appuyer pour dire «c’est un fait», mais est-ce que cela veut dire qu’on a le DROIT de parler « des noirs de France », QUE dans une acception positive ? A quelles autres populations cette logique devrait-elle alors, selon vous s’appliquer ? Et qui en décide ? Si tous les actes de pédophilie sont perpétrés par des blancs ou si l’écrasante majorité des actes de délinquance financière sont le fait d’une population blanche, suis-je en train de stigmatiser un type spécifique de population ?
Mais je ne souhaite pas caricaturer vos propos. Si vous avez contestés fortement les propos d’Eric Zemmour, c’est surtout pour en dénoncer le peu d’envergure intellectuelle et le manque d’à propos...
...Et si demain, les statistiques de la diversité devaient confirmer les assertions d’Eric Zemmour, les contesteriez-vous à nouveau ? Dans le pays de Voltaire et de la loi Gayssot, on voit bien la sensibilité des sujets que nous abordons. D’autant que le temps du buzz laisse peu de place à la rigueur intellectuelle et aux voix qui pourraient avoir autorité - raison pour laquelle nous sommes heureux d’échapper ce matin à rythme, de vous offrir une parenthèse d’expression libre afin de permettre de développer votre pensée, préciser votre combat pour « faire des égaux », vaste programme qui repose sur un état très de civilisation car tous les régimes qui ont fait primer l’égalité sur la liberté ont sombré dans la barbarie ou le totalitarisme...
Patrick Lozès, je vous cède donc la parole et vous lance cette première interrogation : êtes-vous Voltairien ?
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Pierre Vallet - Straterial - voir tous les portraits.



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