19 janvier 2010 : intervention de Xavier Fontanet, Président du Conseil d'administration du groupe Essilor devant les membres du Club Horizons.
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Xavier Fontanet, bonjour,
Quelle bonne surprise ! Mes amis ce matin, foin de bling-bling, de corporate glamour, de m’as-tu-vu à la sauce nicolosarkozienne...
Non, ce matin, nous recevons un penseur, un homme de devoir, un moine soldat avec une passion : le travail, le travail et encore le travail. Un patron avec des valeurs qui aura même eu le culot de proposer à Laurence Parisot de créer un comité d’éthique au Medef, en 2003, ce qui prête à sourire au 21e siècle, est certainement très révélateur, mais, ne boudons pas notre plaisir, cet aveu confondant d’une lacune ainsi comblée aura ainsi permis à l’organisation patronale, dont on murmure qu’elle cherchait depuis Emile Zola le sens du mot partage, de franchir un cap et de pouvoir proposer à ses adhérents un petit livre rouge de la rémunération des dirigeants...
Bon, rassurez-vous, ce n’est pas encore « que les gros salaires lève le doigt »... L'éthique, oui, mais à condition qu'on ne l'impose pas. On est au Medef finalement et la 1ère recommandation, c’est surtout la transparence. Et puis il faut dire qu’en France, les grands patrons sont un peu miséreux au regard de leurs homologues anglo-saxons... Et je ne vous parle pas de notre invité qui traîne depuis longtemps la fâcheuse réputation d’être le gueux du CAC40 avec ses 200 000 € annuels après impôts - ceci est une estimation puisque je n’ai pas trouvé mention de vos émoluments dans votre dernier rapport annuel; eh oui on peut vendre des Varilux sans faire nécessairement dans la lisibilité - 200 000 € ce qui faut bien l’avouer est assez misérable au regard des 4,7 millions d’Euros enregistrés en moyenne par les dirigeants du CAC40. L’éthique, vaste programme sur lequel notre invité s’apprêterait à publier un ouvrage - cela tombe bien, visiblement le marché est là.
Xavier Fontanet, vous êtes marié, 3 enfants, vous avez 62 ans. Comme nous sommes devant une assemblée majoritairement française, précisons votre pedigree en ajoutant que vous êtes « Ingénieur civil des Ponts et Chaussées » et diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Préalable à cette intervention son portrait par Pierre Vallet.
Xavier Fontanet, bonjour,
Quelle bonne surprise ! Mes amis ce matin, foin de bling-bling, de corporate glamour, de m’as-tu-vu à la sauce nicolosarkozienne...
Non, ce matin, nous recevons un penseur, un homme de devoir, un moine soldat avec une passion : le travail, le travail et encore le travail. Un patron avec des valeurs qui aura même eu le culot de proposer à Laurence Parisot de créer un comité d’éthique au Medef, en 2003, ce qui prête à sourire au 21e siècle, est certainement très révélateur, mais, ne boudons pas notre plaisir, cet aveu confondant d’une lacune ainsi comblée aura ainsi permis à l’organisation patronale, dont on murmure qu’elle cherchait depuis Emile Zola le sens du mot partage, de franchir un cap et de pouvoir proposer à ses adhérents un petit livre rouge de la rémunération des dirigeants...
Xavier Fontanet, vous êtes marié, 3 enfants, vous avez 62 ans. Comme nous sommes devant une assemblée majoritairement française, précisons votre pedigree en ajoutant que vous êtes « Ingénieur civil des Ponts et Chaussées » et diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Ancien directeur général de Bénéteau, puis directeur central de la restauration des Wagons-Lits, vous êtes appelé chez Essilor en 1991 par l'ancien PDG, Gérard Cottet, avant de prendre sa succession à la tête du numéro un mondial du verre optique en 1996.
Depuis le 1er janvier 2010, vous avez cédé les fonctions de directeur général à Hubert Sagnières et occupez les fonctions de Président du Conseil d’administration - un groupe sympa où on s’éclate surtout entre hommes - puisque je note qu’entre Conseil d’administration et Comité exécutif, seules 3 femmes ont réussit à s’introduire parmi vous... Messieurs, prenez garde, vous êtes en train de vous faire bouffer par le système !
Vous êtes également board member de l’Oréal et du Crédit Agricole - vous êtes du reste à l'initiative du rapprochement avec la Grameen Bank de Mohamed Yunnus - et réfléchissez beaucoup aux nouveaux modèles bottom of the pyramid où comment adresser les besoins des 4 milliards d'individus qui ont moins d'un dollar par jour pour subsister.
Vos amis vous décrivent comme « un matheux, un esprit conceptuel brillant, passionné de stratégie », marqué par les premières années de sa vie professionnelle au sein du Boston Consulting Group. Vous vous inscrivez dans la pensée libérale de Frédéric Bastiat et de son libéralisme optimiste...
Très attaché à vos racines et aux valeurs démocrates-chrétiennes, de toujours défendues par votre famille, vous prônez un libéralisme sans complexe et considérez l'actuel mouvement de mondialisation comme une opportunité d'ouverture et de rajeunissement pour un pays comme la France, très marqué par une double tradition de conservatisme et de dirigisme.
Vous aimez voyager pour vous rendre dans les différentes filiales du groupe et aller à la rencontre de vos quelques 34 000 salariés... Vous revendiquez ainsi vos 400.000 kilomètres par an en avion au compteur - bonjour le bilan carbone - comme quoi, on peut-être citoyen du monde sans être nécessairement écolo...
Mais il est vrai qu’à l'image de L'Oréal, Essilor a la particularité d'associer à une forte culture d'entreprise française une très large dimension internationale : plus de 80 % du chiffre d'affaires - un peu plus de 3 milliards d’Euros - est réalisé hors de l'Hexagone. Un résultat qui fait d’Essilor International le numéro un mondial de l’optique ophtalmique et propose, sous certaines marques phares - notamment Varilux et Crizal - une large gamme de verres pour corriger myopie, hypermétropie, presbytie et astigmatisme. Essilor est présent sur les cinq continents au travers de ses réseaux de distribution, de 15 sites de production et 293 laboratoires de prescription...
Alors aujourd’hui, votre vrai défi est de faire croître l'industrie en apportant une bonne vision aux 2,4 milliards de personnes dans le monde qui souffrent encore d'un déficit visuel. Ce potentiel est énorme, les besoins sont immenses mais surtout essentiels à satisfaire.
A votre manière et ce n’est pas une boutade, vous faîtes du développement durable. Un test : bon nombre d’entre nous, bigleux de service, ne pourraient plus travailler si on leur enlevait leurs lunettes. Or le verre ophtalmique est la façon la moins chère pour corriger et améliorer la vue. Et quand on donne la vue à des gens qui achètent des lunettes à 5 dollars, alors toutes les femmes écrivent, le téléphone peut se développer, donc la communication se développe, et au lieu d’arrêter de travailler à 40 ans, les artisans peuvent travailler jusqu’à 70, les enfants apprennent beaucoup mieux à l’école, un cercle vertueux est enclenché et d’une certaine manière la productivité que vous créez est phénoménale.
Vous savez du reste utiliser ce levier puisqu’en Inde, vos représentants visitent les entreprises en disant : “ Écoutez, on donne des lunettes aux employés et vous nous donnez la moitié de l’augmentation du profit ”. Une opération gagnante puisque dans le textile, quand tous les employés voient, la productivité passe de 50 à 90 % de rendement et les profits explosent...
Un système qui est une bonne illustration de votre pensée libérale optimiste et sans doute plus efficace que la redistribution... Il se vend donc aujourd’hui de l’ordre de 500 millions de paires de lunettes mais l’essentiel - 80 % de ces ventes - se réalise dans les pays développés. On imagine le potentiel du secteur à l’heure où l’Inde et la Chine connaissent des taux de croissance de 8 à 10% l’an.
Raison pour laquelle vous consacrez 5 % de votre chiffre d’affaires à la recherche
et au développement. Pour vous, l’innovation produit est essentielle. Elle concerne le design des verres, les matériaux utilisés ainsi que les traitements appliqués au verre (anti-reflet notamment). Pour aller au-delà, vous veillez à dépenser en R&D deux fois plus que vos concurrents. L’innovation fait partie de la culture maison. C’est un poste d’investissement de long terme sur lequel vous ne faîtes pas de sacrifices...
D’autres pistes de développement ? Oui, l’actionnariat salarié et naturellement, un autre de vos dadas, la spiritualité qui est à vos yeux de plus en plus importante pour
diriger car quand l’entreprise grandit, ce n’est plus du management que les gens veulent, mais du sens, de la visibilité...
L’occasion pour moi de vous glisser une autre suggestion lié à une préoccupation très personnelle dont j’espère qu’elle saura éveiller votre intérêt, vous qui êtes à l’affût de l’innovation. Voilà, j’ai une paire de lunettes avec des verres taillés au dixième de micron - mais j’ai pourtant toujours l’impression de les avoir nettoyées avec une tranche de jambon et de ce fait de chausser les besicles de mon aïeul... Alors si vous avez un produit miracle qui pourrait me délivrer du liquide vaisselle, je serai heureux de pouvoir partager votre vision.
Xavier Fontanet, vous avez la parole...



Super! Bravo.
Rédigé par : Dardus Christophe | 20 janvier 2010 à 17:10