22 septembre 2009 : intervention de Manuel Valls devant les membres du Club Horizons.
Préalable à cette intervention son portrait par Pierre Vallet.
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Manuel Valls, bonjour...
D’entrée de jeu, je vous prie de me pardonner, je vais rompre avec une tradition médiatique désormais séculaire et poser un interdit... Oui, mes amis, alors que nous recevons un membre éminent du Parti Socialiste, j’ai décidé que nous ne parlerions pas du Parti Socialiste aujourd’hui, du moins de ses problèmes internes, de son nombrilisme, de la bataille des éléphants pour le leadership... Donc, ce matin, Manuel Valls, une seule règle : parler de vous, de votre engagement et de votre projet.
Alors Manuel, je conçois l’immense soulagement qui doit être le vôtre à l’instant où je formule ces propos. Toutes ces heures à courir les médias, pour finalement passer systématiquement l’essentiel de son temps à parler des problèmes relationnels d’untel avec unetelle, à regarder le combat politique par le petit bout de la lorgnette journalistique, un cocktail de petites phrases, de vidéos qui buzzent "...et puis après la pub on parlera du fond"... J’imagine que ce n’est pas pour cela que vous vous êtes engagé en politique à 17 ans...
Et voilà qu’enfin quelqu’un se pointe et vous dit : « Ecoute, sérieux, les problèmes du PS, on en a rien à secouer, ce qui nous intéresse, c’est toi, ton projet, parle-nous en, le reste, on s’en cogne... » J’imagine que c’est émouvant... Du temps de cerveau disponible offert, comme ça, sans pause publicitaire, sans militants à satisfaire avec le discours simpliste qu’ils attendent, désireux d’obtenir leur formatage quotidien... Non, juste un temps de libre parole pour se faire connaître,
Je vous prête aussi un soupçon d’inquiétude ou d’intimidation soudaine. Parler du fond pendant une heure ? Est-ce que je vais encore savoir le faire ? Toutes ces interviews confortables où on maîtrise le sujet parce qu’on a fait la même la veille... Un vrai tunnel... " Allez, j’ai une heure devant moi. Si tu enlèves les coupures publicitaires, 50 petites minutes. Ils vont me parler pendant 20 à 30 minutes de nos querelles internes, des primaires, du courrier de Martine, de la dernière bévue de Ségolène et des petites phrases d’Arnaud, Vincent, Pierre, Laurent... Un vrai film de Sautet. Ca, je sais faire. On va enchaîner sur la vidéo d’Hortefeux, là, je leur balance que je préfère combattre l’homme sur le terrain des idées que sur celui des petites phrases, là aussi, j’assure... Avec un peu de chance, il nous restera 5 à 10 mn pour parler du fond... Désespoir... Et puis là, ce matin, des gens qui s’intéressent à moi, à mon projet... Mince. Mais d’où ils sortent ? "
Oui, Manuel, ce matin, cette parenthèse, c’est cadeau et ce sont les membres du Club Horizons qui sont heureux de te l’offrir...
On imagine le soulagement, le manton qui baisse, la machoire qui se détend, les épaules qui se relâchent... Et puis cette vague de souvenirs qui vous submerge. La 1ère carte du PS au sortir de l’adolescence, votre engagement au côté de Michel Rocard, la deuxième gauche, la pragmatique, contre celle de Mitterrand... Les études d’histoire à l’Université, le syndicalisme étudiant à l'UNEF-ID. Et la naturalisation à l’âge de 20 ans, en 1982...
Refaire le monde, mais sans le nier. Le parcours initiatique du militant classique, loin de l’entreprise, où on essaye de rester soi-même, de ne pas se laisser bouffer par le système même si l’on en encaisse toutes les avanies... Attaché parlementaire de 83 à 86, secrétaire de section en 88 à Argenteuil-Bezons, le premier mandat, élu sur scrutin de liste au Conseil régional d’Ile-de-France, la 1ère vice-présidence de ce même conseil en 1998 avec Jean-Paul Huchon... En parallèle les premières fonctions officielles d’apparatchik dans les couloirs des ministères, des trucs fantaisistes qui permettent de se faire la main « délégué adjoint interministériel aux Jeux olympiques d'hiver d'Albertville »... Et la vie qui continue avec son épouse, les 4 enfants...
Tout mener de front... On devient secrétaire national à la communication du Parti socialiste, premier secrétaire de la fédération du Val-d'Oise, chargé de la communication et de la presse au cabinet de Lionel Jospin, 5 ans à Matignon de 1997 à 2002.
Et les 1ers combats politiques sur son nom... Aux législatives de 1997, l’échec sur la circonscription d’Argenteuil... Les municipales et la victoire à Evry en mars 2001 et enfin, la députation à 39 ans, en juin 2002.
5 ans pour se faire un nom, Valls, et on se faire réélire en 2007 et 2008 avec 60% à 70% des voix...
[zicmu]...Au premier temps de la valse, Manuel, tu souris déjà... Au premier temps, Manuel Valls,
Tout seul tu souris déjà...[/zicmu]
Et tant pis si les sacrifices sont importants. Que peut-on refuser à son idéal ? Le divorce, la garde partagée... Une vie normale pour un Francilien sur deux... La politique a-t-elle quelque chose à y voir ?
Reste l’ambition pour soi et pour ses idées, habillée d’une certaine raideur pour les uns, droiture pour les autres...
En 2007, vous refusez d’entrer au gouvernement au titre de l’ouverture... Les motions «blairistes», vous préférez les défendre dans votre camp... Vous vous faîtes alors remarquer par vos appels à la refondation du PS et à un changement de nom. Et le 13 juin 2009, vous annoncez votre intention de disputer les primaires du Parti Socialiste en vue des élections présidentielles de 2012. Le 30 juin dernier, vous lanciez votre club, encore un truc avec un nom bizarre, «A gauche, besoin d’optimisme»... Le contraire eût été surprenant.
Tous ces souvenirs disais-je pour accoucher du leader politique que vous êtes aujourd’hui...
[zicmu]...Au 2e temps, Manuel Valls, il y a Martine, Ségolène et puis toi...[/zicmu]
Et vous voilà devant nous, pour nous parler de tout ce que vous voulez, à commencer j’espère par ce qui vous mobilise, ce qui vous motive, ce qui fait qu’après avoir traîné vos guêtres dans ce milieu pendant déjà plus de 20 ans, vous êtes toujours engagé et volontaire pour faire bouger les lignes - visiblement y compris sur le plan vestimentaire puisque vous voilà maintenant caricaturé en Gauche Prada, ce dont je doute ce matin à considérer votre tenue vestimentaire...
Mais ces alliances de couleur préfigurent-elles les futurs contours d'une gauche reconfigurée ?
Vous prônez la possibilité de débattre avec la gauche, la gauche de la gauche, les verts, le centre et tous ceux qui pourraient vous aider à gagner...
Mais gagner pour quoi faire ? Des réformes. De vrais réformes. Car dans ce théâtre d’ombre qu’est la communication politique, une fois débarrassés et dégagés de l’encombrement médiatique généré par le storytelling du staff élyséen, devons-nous considérer que les problèmes de fond auxquels nous sommes confrontés sont réellement abordés ?
L'école a-t-elle réellement changé ? Avons-nous des classes de 15 élèves dans les quartiers populaires, avec des profs mieux payés et plus expérimentés mobilisés pour endiguer l’échec scolaire massif ? Notre pays se prépare-t-il au choc des retraites ? L’insécurité enregistre-t-elle un net recul ? La France n’a-t-elle plus peur de sa jeunesse ? La jeunesse a-t-elle repris confiance en l’avenir ? Adoptons-nous les réformes nécessaires pour préparer une sortie de crise plus rapide et selon l’expression consacrée " réduire les inégalités et le chômage de masse " ? Sommes-nous sur la bonne voie ???
Difficile de le dire car, hélas, vous le savez, la voix de l’opposition est bien terne et il semble que le logiciel de certains dirigeants socialistes se soit arrêté en 1989... Et pour tout vous dire, si à gauche on a besoin d’optimisme, à droite ou au centre, on a aussi besoin de se dire que les socialistes ont compris leurs erreurs du passé.
Entendre Martine Aubry promettre aux sociétés qui licencient quand elles font des bénéfices une mise sous tutelle aura laissé certains d’entre nous songeurs... Et nous aura conduit à une interrogation : alors cette rénovation, elle arrive quand ? Parce que pour le moment, on a le sentiment d'un parti en pleine révolution mais au sens originel du terme : vous faîtes un tour sur vous-même et revenez toujours au point de départ... C’est peut-être votre doux secret, votre tendre drâme... Pour rassembler la gauche, il semble qu’il soit nécessaire de revenir aux premières heures de la pensée marxiste quitte à passer à la trappe toute forme de responsabilité... Et dans ce contexte, Manuel Valls, comment faire triompher une vision «blairiste» qui réconcilierait la gauche et la pensée libérale... Rappelons que le dernier à avoir porté devant vos militants une motion de cet ordre s’appelait Jean-Marie Bockel et qu’il semble en avoir tiré toutes les conclusions qui s’imposait...
Bref, ce sont les têtes de chapitre d'un projet de gauche qu’il vous reste à écrire et à publier... Mais il paraît que vous auriez ça dans vos cartons...
[zicmu]...Et Martine qui bat la mesure, Martine qui mesure son émoi... Et Martine qui bat la mesure... Qui murmure, qui murmure tout bas... Au 3e temps, Manuel Valls, y’a le PS, les primaires et y’a toi... La la la la... [/zicmu]



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