7 juillet 2009 :Intervention de Patricia Barbizet devant les membres du Club Horizons.
Préalablement à cette intervention son portrait par Pierre Vallet.
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Mme Barbizet, Patricia, bonjour,
Ah mes amis ce matin, c'est du lourd, du sérieux, du solide. Ca, je peux vous le promettre, je ne vais pas vous la faire en vers, en quatrains ou même en chanson - Patricia, I've just met a girl named Patricia (oui, ça marche) - même si nos plus grand fans eussent espéré y trouver matière à chronique...
Certes, peut-être conserverai-je un ton badin, placerai-je quelques ronds de jambe ou effectuerai-je une pirouette, il faut bien amuser la galerie - mais pour le reste, je ne me départirai pas d'un regard aimable empreint de modestie pour honorer notre invitée, cette jeune silhouette distinguée à la carnation légère et si j’en crois sa réputation au timbre rapide sise là, simplement, parmi nous, à peine à deux mètres cinquante de moi...
Non que notre invitée m'impressionne (laissons cela aux jeunes filles en fleur à l'ombre desquelles on s'épanouit et qui tressaillent à l'annonciation comme à la conception miraculeuse) mais tout simplement parce que Patricia, nous vous accueillons ce matin, comme le fantassin déployé en terrain piégé reçoit avec soulagement l'annonce de l'arrivée des services de déminage.
Oui, chers amis, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, compagnons, pour la première fois, nous recevons ce matin un éclaireur, un être de lumière.

Bien sûr, les plus anciens se souviendront avec émotion du soldat Descarpentries, Jean-Marie de son prénom, venu il y a quelques années nous initier aux secrets des conseils d'administration... Hélas, ce guide suprême qui n'est pas un botti, emporté par son élan et le regard énamouré des fans qui l'entoure, avait restreint son propos aux considérations managériales et entrepreneuriales, et ne nous avait somme toute révélé que l’esprit de gaudriole pouvait être vivace en ces cénacles restreints…
C'est dire, Patricia, si vos enseignements, augures et confidences sont attendus. Vous allez nous parler d'un monde dont nous ne connaissons en réalité que peu de chose, d'un univers parallèle si proche et pourtant si éloigné que 99,99% d'entre nous n'y auront jamais accès, et encore je veux parler de ceux qui savent que cette 4e dimension existe.
Ce matin, c'est donc à vos côtés une traversée que nous espérons. Une opportunité unique et fugace de passer en votre compagnie de l'autre côté du miroir pour contempler le monde selon Patricia, notre univers tel qu'il est.
Car elles sont bien rares, ces occasions de lever un coin du voile, de découvrir l'envers des cartes, la réalité de ces Conseils de surveillance et d’administration ou sages et grands fauves rassemblés prennent les décisions qui impactent quotidiennement nos vies.
C’est un fait et vous n’y pouvez pas grand chose, vous évoluez dans un cercle très exclusif pour ne pas dire excluant, qui goûte peu la publicité, communique rarement, souvent sous la contrainte et de manière empesée, chaque mot livré ouvrant la porte à l’exégèse de savants et doctes qui tenteront de lire entre les lignes vos rêves inassouvis et vos pensées non exprimées…
En découle une incompréhension quotidienne, un sentiment d’amour déçu, l’amertume de l’inconnu, la frustration de l’invisible, le bal des intentions prêtées – on ne prête qu’aux riches me direz-vous - et plus prosaïquement un dialogue social bêtement miné par un champ vocabulaire restreint fait de « salauds de patrons obnubilés par le capitalisme financier. »
C'est dire si votre témoignage nous est précieux car pour être tout à fait francs avec vous et parler sur un mode plus personnel, votre univers m'est si éloigné, qu'à vous considérer parmi nous, j'ai le sentiment d'avoir entre les mains un téléscope Hubble portatif qui me donnerait accès aux galaxies les plus lointaines, offrant à mes pupilles écarquillées la contemplation sereine des joies et peines stellaires…
Mais revenons si vous le permettez sur votre parcours. Née le 17 avril 1955, vous êtes la fille de l’artiste peintre Monique Cartier et du producteur de films Philippe Dussart qui a contribué aux riches heures du cinéma français avec Peau d’âne, Mon Oncle d’Amérique, Tout feu tout flamme ou encore Tenue de Soirée.
Diplômée de l’ESCP Europe en 1976 vous entrez dans la carrière en 1977 au sein du groupe Renault ou vous occuperez successivement les postes d’attachée de direction, trésorier international, trésorier groupe Renaud Véhicules industriels, directeur financier de Renaud Crédit International…
12 ans plus tard, en 1989, vous rencontrez un petit industriel avec un nom bien français : François Pinault.
La décision est rapide et, comme le raconte votre époux, Jean Barbizet, directeur général de la division investissement de la Barclays Capital Paris : «Il a dû se passer un truc fort, car, le lendemain, elle décidait de quitter la Régie Renault, où elle était à la mode, pour cette boîte de bois inconnue"». Alors la légende veut que François Pinault vous ai dit : «Je ne sais pas ce que nous ferons. Mais nous ferons des grandes choses ensemble». Ce mélange d'affect et de relations d'affaires vous a séduit et vous formez depuis une équipe redoutable qu’Alain Minc raconte comme à son habitude avec ces mots bien à lui dont on ne sait jamais s’ils vous assassinent ou vous couronnent : « «Patricia Barbizet et François Pinault forment un duo complet, dit-il. Lui a un instinct de chasseur génial. Toujours en éveil, il voit le gibier, ne se trompe jamais. Elle, avec son intelligence fine des situations, rapporte le butin. Un duo complet et complexe.»
C’était il y a 20 ans, et il semble que vous étiez doué pour les chiffres puisque le calcul fut le bon et le compte aussi. En 2002, le magazine Fortune vous présente comme la 4e femme la plus puissante de l’Europe du business. C’était en 2002, et je les inviterais volontiers à réviser à la hausse votre classement…
Actuellement présidente du conseil de surveillance du Groupe PPR, vous occupez également le poste de directrice générale d’Artemis et de présidente du conseil de surveillance de Christie’s. Entre autres pourrais-je ajouter puisque ces diverses responsabilités du jour, s’additionnent aux postes d’administrateur de PPR, Gucci, TF1, Yves Saint-Laurent, Christie's, le Point, la Fnac, Bouygues, Air France, la Fondation de France ou encore de Total…
Et comme vos journées ont 48h et vos semaines une douzaine de jours, le 20 novembre 2008, le Président de la République vous a nommé à la tête du comité d'investissement du Fonds stratégique d'investissement, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignation dotée de 20 milliards d'euros, un Fonds souverain à la Française chargé de veiller aux intérêts à long terme de la Nation. 20 milliards d’Euros, une paille dans la mesure où ces actifs sont à peine plus importants que la galaxie Pinault…
Alors, pour vous qui dîtes aimer votre époque et ne pas vouloir rester sur le bord de la route à regarder passer la vie, voilà à nouveau une belle occasion d’être actrice puisqu’avec ce fonds souverain, on vous propose d’investir dans des entreprises stratégiques au regard de la compétitivité de notre économie et par là de dessiner la France des 50 prochaines années. Une belle mission et un joli défi pour peu qu’on ne vous invite pas, dans la grande tradition française, à coller des rustines sur des secteurs en perdition… Une suspicion de plus ? Il est vrai qu’au regard de son budget, le site internet du FSI, avec ses 5 pauvres pages dont 4 lapidaires en format pdf, s’il dessine l’avenir, sait le faire avec concision et offre une bonne vision de l’économie de moyen qui est son souci quotidien dès lors qu’il s’agit de faire œuvre de pédagogie. Qu’on se le dise, la mission du FSI est de préserver nos intérêts, pas d’informer les citoyens des choix éclairés de l’Etat et de la Caisse des dépôts, ses actionnaires de référence… Et puis, vous le savez bien, s’il s’agit de réconcilier les Français avec l’économie ou le capitalisme à la Française, 20 milliards d’Euro n’y suffiront pas. La vulgarisation des masses à ses limites même s’il est vrai que la meilleure manière de préparer les Français à l’avenir serait peut-être justement d’améliorer leur culture économique, concitoyens ignorants au 1er rang desquels je me place, inculte parmi les incultes, moi pour qui plus qu’une holding impénétrable, Artemis reste un mythe antique, une déesse chasseresse empreinte d’une poésie sombre et lyrique…
« Et, bien plus, il te plaît, Déesse, que la ronce
Te morde et que la dent ou la griffe s'enfonce
Dans tes bras glorieux que le fer a vengés ;
Car ton coeur veut goûter cette douceur cruelle
De mêler, en tes jeux, une pourpre immortelle
Au sang horrible et noir des monstres égorgés. »
…Alors oui, nous sommes heureux de vous recevoir ce matin qui sait, pour un cours de poésie, d’économie certainement, mais surtout pour que nous puissions ensemble crever ce plafond de verre qui nous sépare et ainsi faire un pas l’un vers l’autre, si loin, si proches, une réconciliation peut-être un temps de communion…
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