19 mai 2009, intervention de Rachida Dati devant les membres du Club Horizons.
Thème de ce petit-déjeuner : "La réforme de la Justice".
Préalable à cette intervention, le portrait de Mme Rachida Dati par Pierre Vallet.
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Rachida Dati - bonjour...
...Mes amis, nous recevons ce matin une personnalité hors norme;
membre du gouvernement, certes;
Gardes des Sceaux, je confirme;
...Mais surtout une de ces rares personnalités entrée dans le cercle restreint des personnages publics sur lesquels tout un chacun à son opinion.
Et ça, c'est un truc incroyable parce que finalement, si on regardait dans cette salle, et qu'on disait Pierre Vallet, tu en penses quoi ? vous auriez un tas de gens qui vous diraient, « oui, je le connais personnellement mais je n’en pense pas grand chose. »
Et en général, ça marche avec un tas de monde, y compris pour la plupart des membres de votre gouvernement. Essayez avec François Fillon, Brice Hortefeux ou Xavier Bertrand et vous verrez. La notoriété peut-être, une opinion, pas sûr...
Avec vous, Rachida, c’est différent. 100 personnes 100 opinions, toutes différentes. Tranchées, positives, négatives, qui trop souriante, qui pas assez carrée, moins ronde, etc. C'est donc un paradoxe : personne ici ne vous connaît réellement mais tout le monde a une opinion sur vous.
Alors, ce matin, permettez-moi de ne pas souhaiter vous donner de l'opinion, du sentiment, du il paraît... Arrêtons-nous aux faits.
Vous avez 44 ans. Vous êtes maman, brunette, fine, avec un grand sourire et plutôt bien habillée. Vous êtes la fille de Mbarek Dati, maçon marocain arrivé en France en 1963 et d'une mère algérienne, Fatima-Zohra décédée en 2001.
Vous êtes la deuxième d’une famille de onze enfants. Née en Bourgogne à Saint-Rémy, vous passez votre enfance à Chalon-sur-Saône, dans le quartier des Prés-Saint-Jean. Votre scolarité se déroule dans un collège privé catholique, « Le Devoir », tenu par les religieuses du Saint-Sacrement. Pour le lycée, vous irez dans le public. Vous obtenez votre baccalauréat en 1983.
Pour les études supérieures, votre père ne pose qu’une seule condition : que vous soyez toujours la première. Pas facile. En réalité, vous n’apprenez qu’une seule chose : à être libre.
Pour financer vos études, vous travaillez comme aide-soignante dans une clinique. Mais pour avancer, vous apprenez qu’il faut frapper à la porte des grands.
Le 1er pas dans leur direction, vous l’effectuez à l’occasion d’une réception pour l'anniversaire de l'indépendance algérienne au Ministère de la Justice. Vous avez 22 ans. Reconnaissant Albin Chalandon, vous fendez la foule des invités et le sollicitez pour un rendez-vous qu’il vous accorde.
Place Vendôme, le jour J, on vous refoule. Il faudra que le Garde des Sceaux confirme en personne que vous êtes bien attendue pour que les portes de la Chancellerie s’ouvrent. De ce déjeuner, il conservera le souvenir d’un flot de paroles et une présence ...fatiguante. Mais votre profil l’intéresse. Il vous décroche un job chez Elf et surtout devient votre mentor.
Parallèlement à votre maîtrise d’économie, vous écrivez à de nombreuses personnalités. Et ça marche. Jean-Luc Lagardère vous finance une formation de manager à HEC en 90. En 1993, Jacques Attali vous engage à la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement. Après un passage à la Lyonnaise des Eaux et au Ministère de l’éducation nationale, sur les conseils de Simone Veil, vous entrez à l’école nationale de la magistrature. En 1997 vous voilà magistrate... Vous serez juge pendant 5 ans.
La suite est mieux connue. Septembre 2002, vous écrivez une longue missives à Nicolas Sarkozy alors Ministre de l’Intérieur. Vous obtenez un rendez-vous. La tactique sera la même que face à Albin Chalandon : vous ne laisserez pas parler le ministre une minute ...Jusqu'à ce qu'il lâche sa réponse, ouvre le bureau d'à côté et dise à Claude Guéant de vous embaucher : conseillère technique chargée de la délinquance, une fonction de second plan. Qu’à cela ne tienne. Vous vous imposez dans de nombreuses réunions et entrez peu à peu dans les radars.
Un jour, lors d’un déplacement en banlieue, vous interpellez un jeune : « On enlève la casquette devant le ministre. » Nicolas Sarkozy apprécie et vous charge d'organiser ses visites dans les quartiers sensibles. Vous gagnez vos 1ers galons. L’omni-présente Cecilia Sarkozy vous remarque et prend d'affection. Les liens professionnels se nouent puis personnels. Une amitié qui va déterminer la suite de votre parcours, notamment lorsque la rupture arrive.
Cette montée en force au moment où le leader politique est affaibli vous place au coeur du dispositif. Nicolas Sarkozy, lui n'a pas tourné la page et le lien, l’amie de coeur, c’est vous. Quand Cecilia revient, elle vous impose comme porte-parole de la campagne du candidat Sarkozy, contre la majorité des membres de son entourage. On imagine que ce jour là, vous vous êtes fait un certain nombre d’amis.
Ce n’est pourtant qu’un début. Arrivé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy vous nomme Garde des Sceaux et vous donne une feuille de route. Réformer coûte que coûte. Dans l’univers des robes noires, des bavettes blanches, des toges et des hermines, votre arrivée passe mal et cause un certain remous. Réforme du code pénal des mineurs, rôle du parquet, réforme de la carte judiciaire, création d'un poste de contrôleur général des prisons, loi de lutte contre la récidive, les fameuses peines plancher... S’il est sans aucun doute trop tôt pour tirer un bilan de votre action, on pourra au moins dire que vous n’avez pas chômé...
...Vous êtes paraît-il la première personne d'origine maghrébine a occuper des fonctions régaliennes dans un gouvernement de la République. Quelle dommage ! Vos prédécesseurs étaient peut-être mieux nés mais n’avaient pas l'air d'en faire autant ! Ceci étant dit, vous me permettrez d'exprimer un souhait : que dans notre pays, vous soyez la dernière personne dîte d'origine maghrébine à occuper de telles fonctions. Parce que naturellement, demain, il y en aura une deuxième puis une troisième, une quatrième et je ne doute pas qu’après vous, notre société plus éclairée cesse de compter les minorités visibles. La République ne considère-t-elle pas tous ses enfants comme égaux ?
Bref, votre passage à la Chancellerie est un tourbillon et chaque semaine, vous faîtes la couverture. Vous êtes devenue une marque. Il y a LA Dati comme il y eut LA Callas ou LA Onassis et je ne m’étonnerais pas qu’un jour on vous dédie une chanson : « Rachida... I’ve just met a girl named Rachida... And suddenly that name, will never be the same to me...»
Hum... Où en étais-je ? Oui, votre nom fait vendre et vous connaissez tout du parcours traditionnel de la coqueluche des médias. Après les couvertures enthousiastes où l'on vous présentait souriante, avenante, conquérante, etc., voici le temps des photos sans fard, des vidéos qui n'amusent plus, de l'embuscade, des francs-tireurs et des coups de poignards.
Les limiers sont lâchés, la meute les suit. En ces temps de campagne européenne, on guette vos faux-pas. Vous seriez dilettante, superficielle, dépassée... Et puis, l'Europe, c'est sérieux. Vous avez aimé le nord de la France ? Vous allez adorer Strasbourg... Son amphithéâtre (ou son parlement comme vous préférez), ses couloirs, ses interprètes, le TGV de 6h54 pour aller signer la feuille de présence, celui de 12h15 pour revenir exister à Paris. Enfin, je ne voudrais pas déflorer le sujet, je suis sûr que vous trouverez un sortant pour vous expliquer les ficelles.
Ah, l'Europe, ce grand dessein dont on nous parle tous les 6 ans, pour en dresser l'éloge funèbre ou célébrer son caractère incontournable. Après le temps des flashs et photographes, le temps de l'éloignement. Il n’en faut d’ailleurs pas plus pour que d’aucuns célèbrent votre chant du cygne, votre mise à l’écart...
Et il y a ces nouveaux obstacles. Vous savez, la chanteuse de l'Elysée, la seconde première dame. Celle avec le timbre fluet et la guitare anorexique. Née sous une bonne étoile, de gauche, introduite si je puis me permettre. Un obstacle ? Eh... Peut-être. Ce qui est important en politique, c’est de durer et si l’on connaît la durée d’un mandat, un mariage est plus imprévisible.
Enfin, de votre côté, on a une bonne idée. Entre la Mairie du 7e et le Parlement européen, vous êtes bien inscrite dans le paysage politique français et ce n’est pas Nicolas Sarkozy, ancien maire du village people de Neuilly qui me contredirait...
Mais vos adversaires ne désarment pas pour autant. Selon la thèse en vogue, votre réussite pose un problème puisqu’elle serait emblématique de l'ascenseur social à la Française, un mélange de passe-droits, bon-vouloir, parrainage, cooptation et copinages...
Quel mauvais procès ! Les gens nés du bon côté, seraient-ils les seuls à ne pas devoir s'excuser d'entretenir des relations ? C’est vrai quoi. Finalement, quand on est d’origine maghrébine, il faut réussir à la sueur de son front. Mais se servir des armes de l’autre camp, ça, non, c’est indigne.
Quel mauvais procès et quel culot ! " Rachida symbolise l'échec de la sacro-sainte méritocratie française " disent-ils. Ah la belle blague. Mais prenez-les au mot vos contempteurs. Vous reprocheraient-ils votre parcours, ces unes de la presse people, si vous vous appeliez Caroline de Saint Chaours ou G(h)islaine de Boisrémont ?
Alors soyons bien clairs, mes petits coeurs tendres : le jour J, quand on s’appelle Rachida, pour que votre nom sorte du chapeau, il faut avoir bossé dur ET adopté les armes de vos concurrents... L'oxygène est trop rare dans la stratosphère pour laisser une place aux organismes les plus faibles. Alors que cela soit dit et répété, vous n'avez peut-être pas toutes les piqûres mais qui peut croire un instant que votre parcours ne témoigne pas d'un travail acharné ?
Enfin, à ceux qui vous accusent d'avoir atteint votre seuil de compétence mais que vous regardez dans votre rétroviseur, à ceux qui pensent que votre zénith est derrière vous, laissez-moi dire une choses... Quand bien même cette heure serait venue, ce qui est important, ce n'est pas la façon d'arriver, ce qui est important, c'est ce qu'on fait de sa réussite, les réformes que vous avez porté, contre vents et marée et le dessein servi.
Alors, tout ça pour la vaine ambition de la notabilité, de la pipolisation, à l'heure plus felinienne que wharolienne où il suffit de se balader à poil rue Montorgueil pour être plus téléchargé que le programme de l’UMP aux prochaines européennes ? Tout ça pour ça ? Non, pas vous...
Allez, Rachida, prenez une feuille, je ne vous demanderai pas de me dessiner un mouton mais d'y tracer n'importe quoi, un Grand Paris, un dessein...
Vous savez, la vitesse n'est pas tout. Un jour, avion en panne, coincé dans les sables du désert, Saint-Exupéry expliquait à un caravanier : " Tu vois, toi, pour aller de Nouakchott à Tamanrasset, tu mets 3 mois. Eh bien moi, je mets trois jours au plus." " Oui, lui dit l'homme au regard de braise, mais le reste du temps, qu'est-ce que tu fais. "
Alors Rachida, vous, qu'allez-vous faire ?
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Bonus track...
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Voir quelques
photos de ce petit-déjeuner.
Un portrait détonnant repris par LCI : http://tf1.lci.fr/infos/podcast/lciavous/0,,4428012,00-lci-est-a-vous-du-jeudi-28-mai-2009-.html
quel talent!
Rédigé par: Michael Azencot | 29 mai 2009 à 16:38
Très beau portrait : original, décoiffant et si loin des lieux communs ressassés par la presse !
Merci Pierre.
Effectivement, pour Rachida, ce n'est qu'un début.
Rédigé par: Frédéric-Michel Chevalier | 27 mai 2009 à 17:13