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16 mai 2007

Louis Schweitzer : le portrait

Préalable à toute prise de parole de nos invités, un "portrait express" présenté par Pierre Vallet...

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Louis Schweitzer, bonjour…

Vous êtes né à Genève, en 1942, dans une famille de la bourgeoisie protestante alsacienne. Votre père a été directeur du FMI. Vous êtes le petit-neveu d’Albert Schweitzer, le Prix Nobel de la Paix. Après Sciences-Po et l’ENA, vous entrez à la direction du Trésor en 1970 en tant qu’inspecteur des finances.

Dès l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, vous devenez Directeur de cabinet de Laurent Fabius d’abord au ministère du Budget puis de l’Industrie et enfin à Matignon. Lorsque la droite revient au gouvernement en 1986, vous faîtes votre entrée à 44 ans au sein de l’entreprise publique Renault aux côtés de Georges Besse qui sera assassiné quelques mois plus tard…

Alors, je ne sais pas si vos instituteurs vous disaient « ce n’est pas en dessinant des bolides qu’on devient quelqu’un dans la vie, M. Louis Schweitzer » - il paraît que vous en dessiniez sur vos cahiers d’écolier - mais c’est le début de l’ascension. A croire d’ailleurs que vous auriez bloqué le régulateur de vitesse puisque M. Schweitzer va se faire un prénom au sein de la Régie. Directeur du contrôle de gestion, directeur financier, directeur général… Vous prenez la direction de Renault en 1992. Vous y conduirez des réformes décisives pour son avenir. Un parcours dont vous pouvez être fier car, au bout de la chaine de production et à l’heure de l’auto-bilan, la Régie se sera privatisée par étapes, aura inventé de nouveaux segments notamment avec la Scenic, l’Espace ou la Logan, noué une alliance avec le Japonais Nissan, conclu un accord avec le Suédois Volvo, pris le contrôle du Roumain Dacia, du Coréen Samsung Motors

Vous restez PDG du constructeur automobile jusqu’en 2005, 13 années durant lesquelles la forteresse ouvrière de Billancourt, l’entreprise française par excellence, poursuivra sa mutation en multinationale performante, quatrième ou cinquième constructeur automobile mondial. Vous y aurez également gagné un surnom : Loulou… Voilà qui aurait sans doute épaté votre lointain cousin Jean-Paul Sartre qui ne voulait pas « désespérer Billancourt ».

Alors, si vous avez quitté la direction du groupe Renault, vous avez pris au passage la Présidence de son conseil d’administration et vous restez très impliqué sur la scène économique. Président du Conseil d’administration du groupe AstraZeneca, administrateur de AB Volvo, BNP Paribas, EDF, L'Oréal, Veolia Environnement, Membre du Conseil de Surveillance de Philips, Membre du Conseil Consultatif de la Banque de France, Allianz… Visiblement le contrôle technique, ça vous connaît…

La scène culturelle ne vous est pas pour autant étrangère. Passionné de bande dessinée, vous faîtes partie du jury au Festival d’Angoulème, président de l’édition 2005 du Festival d’Avignon, Président de la société des amis du Musée du Quai Branly… Vous êtes également Lauréat de la Carpette anglaise 1999, pour avoir imposé l’usage de l’anglo-américain dans les comptes rendus des réunions de direction de votre entreprise. So we do hope you will entertain us with a few words about this glorious title…

Anyway, my dear « Louwisse »,we are so pleased to welcome you this morning, pour vous entendre parler de la Halde, une institution dont je me permettrai de décrypter l’abscons acronyme H-A-L-D-E pour Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité… Une haute autorité que vous présidez depuis le 8 mars 2005 et qui est en quelque sorte devenue votre Lambaréné, votre léproserie à vous…

Car les sources de discriminations ne manquent pas. Le sexe - soyons peut-être plus précis, le genre - l'origine ethnique, la religion ou les convictions politiques, l’engagement syndical, le handicap, l'âge... L'association de lutte contre le sida Act Up s'est d’ailleurs félicitée que vous preniez en compte les discriminations liées à la séropositivité, à l'orientation sexuelle ou à l’identité de genre… Diable, des félicitations de Act-Up, vous n’avez certainement pas démérité…

Il faut dire que 2006 aura été pour vous l’année de la montée en puissance avec plus de 4000 réclamations traitées contre 1400 en 2005… Et le premier trimestre 2007 confirme la tendance avec 1700 réclamations…

L’emploi reste le premier domaine des discriminations avec 42% des réclamations, suivi par le fonctionnement des services publics (22%), l’accès à l’éducation (5%) et le logement (4%).

Pour ce qui est des sources de discrimination, l'origine ethnique (supposée ou réelle) demeure le critère le plus souvent invoqué (35% des réclamations), le second étant «la santé et le handicap» (18%) suivi par l'âge (6%).

Mais derrière la précision de ces chiffres, j’en pointerai un qui m’est apparu saugrenu dans vos statistiques et sur lequel, je l’espère, vous nous apporterez quelques éclaircissements : ces 24% de personnes qui s’estiment discriminées mais qui n’entrent pas dans les cases ou plus exactement ces réclamations pour lesquelles aucun critère de discrimination ne peut être identifié ou en tout cas aucun critère prohibé par la loi...

De quoi s’agit-il ? 24% ce n’est tout de même pas une paille. Alors c’est quoi ces discriminations ? Trop rond, trop carré, trop jeune, trop vieux, trop belle comme ma femme, trop moche comme celle de mon voisin…

Y-a-t-il des mesures que nous puissions prendre ou devons-nous nous adresser à Sainte Rita, Patronne des causes perdues et des aisselles mal lavées ? Parce que là, on touche à l’indicible, à l’inavouable… Et pardonnez-moi mais, je dois vous avouer avoir à titre personnel discriminé pas mal de collègues ou de relations parfois même des amis pour des raisons bêtement olfactives ou hygiéniques, parce que non, là, c’était simplement pas possible…

Mais je m’égare, je déborde, je sors de mon lit – il n’est pas encore 9h – et j’aimerais avant de vous quitter retrouver un peu de sérieux… Car les discriminations restent une grave réalité que nous ne devons pas masquer et qu’il nous faut combattre.

Avec la Halde, vous avez en ce sens fait cette année plus de 340 propositions concrètes, menées de belles campagne d’information et vous êtes livrés à plusieurs procédures de « testing » qui vous ont valu une solide réputation d’empêcheur de coopter en rond …Et quand on sort de Sciences Po ou de l’ENA, on sait à quels types de stérilisation et d’homogénéisation mènent la cooptation…

Mais revenons au testing. Avis aux amateurs et recruteurs en tout genre, il paraît qu’en la matière, vous pourriez faire encore mieux l’année prochaine. Vous recrutez en ce moment des volontaires qui iront en région amplifier et relayer votre action... Un casting qui pourrait s’avérer discriminant : vous êtes jeune, femme, minorité visible, handicapée, avec une identité de genre prononcée ? La Halde recrute !

Car le problème avec la discrimination, c’est qu’il faut des preuves et que certaines associations plus vindicatives, exigent des actions en justice. Elles vous reprochent ainsi de n’avoir engagé que 42 poursuites auprès du parquet ce qui pour elle serait un plancher… Vous me direz, du plancher au parquet, il n’y a qu’un pas que vous n’osez peut-être pas franchir…

Alors, je vous laisserai sur un conseil du très célèbre sarkozyste, Jacques Séguéla dans l’un de ses éternels et distingués aphorismes, ce qu’il nous faut, c’est "moins de test et plus de testicule" ! Car vous menez un combat essentiel contre les préjugés, contre notre nature même, une lutte pour la civilisation. Alors permettez-moi de vous interroger et de jouer les Chanteclerc… puisque « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière », serait-il minuit Docteur Schweitzer ?

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