Préalable à toute prise de parole de nos invités, un "portrait express" présenté par Pierre Vallet...
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Bonjour…
Fadela Amara, vous êtes auvergnate. Vous êtes née en 1964 à Clermont-Ferrand de parents algériens. Votre père était ouvrier dans le bâtiment. Il était également analphabète. Un vrai. A l’ancienne. Un de ces bergers débarqués en France en 1955 qui n’avaient jamais tenu un stylo de leur vie. D’une part parce qu’il n’y avait pas de stylo dans son village de Kabylie (Ait Youcef). D’autre part, quand bien même il y aurait eu un stylo, parce qu’il n’y avait pas d’école pour apprendre à s’en servir…
Votre mère, elle, est arrivée plus tard. Elle a rejoint votre père en 1960. Elle l’avait épousé 24 ou 48 heures plus tôt. Elle avait 15 ans, le mariage était arrangé et votre père, qui avait 22 ans de plus qu’elle et la connaissait depuis sa plus tendre enfance, l’avait demandé en mariage pour la sortir de la misère, un peu par obligation. L’amour est venue après, les épreuves de la vie aidant sans doute un peu…
…Vous avez passé votre enfance dans le quartier d’Herbet à Clermont-Ferrand, une cité de transit permanent, un bidonville, un village arabe en terre auvergnate. Alors quand je dis "village arabe", cela a un petit peu changé puisque dans les années 70, le chômage de masse touchant des couches de plus en plus larges de la population, quelques gaulois ont fini par débarquer…
Vous avez eu 6 frères et 4 soeurs. 8 sont encore en vie. Une famille soudée par les épreuves disais-je. Du reste, votre père le répétait sans cesse : « La famille et vous, les frères et sœurs, vous devez être comme les cinq doigts de la main, vous devez être inséparables. Chacun vit sa vie mais, ensemble, vous affrontez les problèmes et quand il y en a un d’entre vous qui tombe, tout le monde doit aller l’aider, le soutenir. »
Comme d’autres, vous grandissez dans le « mythe du retour ». On émigrait pour des raisons économiques. On pensait toujours revenir. Cette nostalgie, Joachim du Bellay l'exprimait très bien.
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
De bon matin, un p’tit vers de Du Bellay, ça nous change du verre de jus d’orange, non ? Alors, oui, ce « mythe du retour », c’est vieux comme le monde. Le mal du pays, tous les déracinés l’ont ressenti un jour. A ceci près que cette jeunesse là que vous représentiez, son Loir gaulois, son petit Liré, sa douceur angevine – traduire son soleil de Kabylie – sonrêve se transformait en cauchemar lorsqu’elle le réalisait… Sale Français au pays, pauvre arabe en France, les murs du rejet étaient partout…
10 frères et sœurs donc et votre mère toujours présente pour vous élever tandis que votre père devait ramener de quoi faire vivre la famille. Un modèle patriarcal importé et un contexte familial qui apparaît aujourd’hui bien difficile ? Certes… Mais votre mère ajoute qu’elle préfèrerait garder 10 enfants de cette époque qu’un seul de la nôtre…
Vous vous définissez comme une construction de l’école républicaine, celle de Jules Ferry, ce sanctuaire ou l’on transmet le savoir, ou se forme la culture, où s’insculquent les droits et les devoirs civiques, où sont sanctifiées les valeurs républicaines… Et où l'on vous a transmis - parfois à votre corps défendant -l’amour de la démocratie. Vous pensez aujourd'hui qu’il n’existe pas de combat plus fort que celui de se battre pour les Droits de l’humain – pas de l’Homme, de l’humain.
Enfin, si il y a peut être un autre combat plus terre à terre, avec votre mère, au sujet des rubans dans les cheveux… Vous avez toujours eu un problème avec votre mère et vos cheveux… Cela dure toujours paraît-il. Mais c’est une petite histoire. Intéressons-nous à la grande.
A l’école, vous vous sentiez mal à l’aise. Dès votre plus jeune âge, vous perceviez un décalage avec les autres enfants, leur manière de s’habiller, leurs préoccupations. Seul le Français et la lecture vous passionnent.
En 1978, à l’âge de 14 ans, vous assistez à la mort accidentelle de votre frère. Malik, renversé par un chauffard va décéder de ses blessures. Sur le lieu du drame, le comportement des policiers qui prendront ouvertement la défense de l’automobiliste sera le déclic de votre tout premier engagement. La colère éprouvée fera le reste : vous participerez ainsi à la première marche civique à Clermont-Ferrand pour l’inscription des jeunes sur les listes électorales.
Vous êtes par la suite interpellée par la situation des femmes dans votre cité, cloîtrées, recluses, privées de toute autonomie… Un autre événement vient alors aviver votre soif d’engagement. Une jeune fille de la cité tombée enceinte est bannie par sa propre famille. Vous comprenez que certains sont prêts à sacrifier une vie pour sauvegarder leur conception de l’honneur… Une logique que vous refusez de suivre… A 18 ans, vous créez donc une Association de femmes pour l’échange intercommunautaire.
Au début des années 1980, les faits divers tragiques se multiplient et sont tantôt montés en épingle, tantôt méprisés. Vous observez que le fonctionnement des différentes organisations qui se battent pour l’égalité sont généralement à l’interne bien inégalitaire – notamment s’agissant de l’égalité homme-femme. La montée en puissance de SOS Racisme va tout changer. L’association a compris que l’émancipation des jeunes femmes des cités serait un bon levier pour casser les ghettos et faire évoluer les mentalités…
Vous consacrez alors la plupart de votre temps à des actions de terrain. Dès 1989, vous créez au sein de SOS Racisme la « Commission femmes ». De cet observatoire, vous voyez émerger les problèmes qui deviennent au cours des années 1990, vos principaux combats : les filles retirées de l’école, les mariages forcés, les viols, le port du voile comme instrument de soumission…
En 2002, c’est un nouveau fait divers tragique qui va vous mobiliser. Une jeune fille, Sohanne, est brûlée vive dans un local poubelle d’une cité de Vitry-sur-Seine. Vous décidez de faire partir de Vitry la « Marche des femmes contre le ghetto et pour l’égalité ». De février à mars 2003, sous le slogan « Ni putes ni soumises », la Marche se déplace dans toute la France. Elle rencontre un vif succès et Ni Putes Ni Soumises (au pluriel) devient le nom d’une association dont vous prenez la présidence.
C’est aujourd’hui votre navire amiral. Il est bien armé. Vous y menez un combat pour le respect des valeurs républicaines : la liberté et l’égalité dans la mixité et la laïcité. Si votre engagement civique remonte aussi loin qu’à l’école ou à la « marche des beurs » de 1983, votre démarche d’entrepreneur social prend toute son envergure avec la fondation officielle en 2003 de cette association, un mouvement qui en quelques mois acquiert une audience importante auprès de l'opinion publique, des médias et des mouvements politiques.
...Ce qui vous vaut d’être reçu par Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre qui accepte de soutenir certaines de vos propositions comme la publication et distribution dans les écoles d'un guide éducatif du respect, la fondation de maisons sûres loin des cités pour des jeunes filles et des femmes en situation de détresse immédiate puisse trouver asile, sécurité et retrouver un certain anonymat ou enfin la mise en place de dispositions spécifiques dans les commissariats de police pour les jeunes filles et les femmes ayant été victimes de violences.
…des mesures concrètes, qui font avancer les choses sur le terrain. Assez éloignées de la parité dont vous dîtes « pour moi, c’est comme aller faire les soldes chez Hermès parce que pour le moment, on n’en est pas là. »
S’habiller comme on le veut, vivre comme on le désire, avoir le droit de disposer de mon corps… Le progrès c’est parfois simplement se battre contre la régression. C’est aussi lutter contre les conservatismes de politiques qui courbent souvent l’échine face au diktat d'une opinion publique qui n’est selon eux jamais prête…
Mais vos combats ne s’arrêtent pas là. Vous prenez position sur l’immigration, sur l’accueil des nouveaux immigrants, sur les outils indispensables à leur intégration. Apprentissage de la langue, alphabétisation, logement, cours d’histoire mais également respect des règles du pays accueillant… Vous créez également le débat lorsque vous vous attaquez à ce que vous appelez le Fascisme Vert – Vert pour la couleur de l’Islam – et fascisme pour l’instrumentalisation politique d’une religion dans une logique totalitaire… Une expression qui vous vaut quelques inimitiés mais il faut dire vous ne croyez pas à un Islam modéré ou laïc.
Des combats, il y en a donc derrière chaque porte que vous ouvrez, inlassablement… Comme celui que vous livrez contre cette image de l’immigré qui est venu en France avec sa ribambelle de mômes pour bouffer des allocs… Car vous le savez, l’immigré a 1000 visages, mais il est d'abord venu pour travailler, s'en sortir et construire la France dans le respect des valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité...
…Et d’ailleurs cela me rappelle l’histoire de ce Rabbin qui interroge deux de ses étudiants : « Quand commence le jour ? Quand se termine la nuit ? ». Le premier étudiant répond : « quand je distingue la chèvre du mouton ? » Le deuxième suggère : « Quand je distingue le figuier du pommier… Mais vous Rabbi, qu'en pensez-vous ? » Et le Rabbin répond : « Quand une personne rencontre un homme, qu’il soit blanc ou noir, juif, catholique ou musulman et qu'elle lui dit : tu es mon frère... Quand une personne rencontre une femme, quelle soit pauvre ou riche, et qu'elle lui dit : tu es ma sœur... Alors, la nuit se termine, le jour commence… »
Fadela Amara, pourriez-vous nous parler du jour qui vient ?
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En savoir plus ?
+ Retrouvez quelques photos de l'intervention de Fadela Amara devant les membres du Club Horizons.
+ Le portrait de Richard Descoings intervenant le 9 novembre 2006 dernier.



JE NE PEUX AVOIR QUE DE L'ADMIRATION POUR CETTE FEMME JE VIS A TAMANRASSET QUE PUIS JE FAIRE DE LOIN????
Rédigé par : Djamila | 09 mars 2010 à 10:21
C'estune battante cette Fadela AMARA bravo que Dieu la protège de tous les maux de la terre et que le plus grand chemin de la victoire lui soit ouvert - Vive son association SOS Racisme et "Ni putes ni soumises. Nous avons besoin de beaucoup de femmes dans son genre il y a beaucoup à faire Courage Fadette - Djamila est avec toi
Rédigé par : Djamila | 09 mars 2010 à 10:20