Donner aux jeunes l'envie d'entreprendre
Dans quelques mois, un nouveau gouvernement succèdera à l’équipe actuelle. Par tradition, il apportera dans ses bagages son lot de mesures techniques destinées à favoriser la création d’entreprises : simplifications administratives, aides financières et incitations fiscales. Ces dispositions faciliteront principalement la création d’entreprises individuelles (artisanat, commerce, profession libérale), créées par nécessité pour exercer un métier. Comme 80% des créations françaises aujourd’hui, elles ne comptent aucun salarié, et n'ont pas vocation à se développer.
Il est beaucoup plus difficile de multiplier les entreprises créées par opportunité, celles qui naissent autour d'un projet, puis qui grandissent pour devenir des PME innovantes, exportatrices et créatrices d'emplois. Pour favoriser la création de ce type d'entreprises, les mesures techniques ne suffisent pas ; c’est une véritable culture d’entreprendre qu’il faut insuffler dans le pays, en commençant à la source, auprès des jeunes générations.
Cette mission ne peut revenir qu'aux entrepreneurs eux-mêmes ; eux seuls sont capables de peuvent transmettre l'envie d’entreprendre, par la force de leur exemple et par le récit de l'aventure humaine qu'ils ont vécue. C'est la raison pour laquelle l’opération "100000 entrepreneurs" (www.100000entrepreneurs.com) organise des témoignages de chefs d’entreprise et de responsables associatifs dans les collèges, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur de France. Car c’est dans ces classes d’âge, où les premières interrogations professionnelles apparaissent et sont traitées, qu’il faut semer l’idée d'un avenir riche de promesses pour qui veut bien le prendre en main.
Redonner confiance aux jeunes générations
Cela devient urgent. Les jeunes ont peur de l’avenir, on le comprend : 22% d’entre eux - et 2 jeunes non diplômés sur 5 - n’ont pas d’emploi (contre respectivement 12 % au Royaume-Uni et 15 % en Allemagne). 90 % des jeunes de 18 ans, et deux tiers des moins de 26 ans, entrent aujourd’hui dans la vie active avec un contrat précaire.
Des scandales médiatisés
Ils n’entendent parler de l'entreprise qu’à l’occasion de scandales fortement médiatisés ou au travers des critiques émises par les organisations syndicales et formations politiques. Ils vivent comme des menaces les mutations inéluctables en cours, portées par la mondialisation et l’accélération des échanges d’information. Il en résulte que 70% des 13-25 ans estiment préférable d'intégrer le service public (sondage Ifop pour le salon de l'emploi public, 2006), alors même que 46% d'entre eux auraient envie d'être leur propre patron s'ils avaient le choix (sondage Ifop "les jeunes face à l'emploi", 2006). Parmi ces jeunes, seuls 36% croient en la libre entreprise (contre 67 % des Britanniques, 71 % des Américains, 74 % des Chinois). Ils ignorent la capacité d’innovation et le savoir-faire de leur pays. Sa culture et la qualité de vie qu’il offre mériteraient une ambition plus large. En un sens, ils tournent le dos à leur avenir.
Les entrepreneurs, en développant leur PME ou leur association, contredisent ce pessimisme ambiant : sur les vingt dernières années, ils ont créé 2,5 millions d’emplois quand les grands groupes en ont détruits 600.000. Ils drainent l’innovation, caractéristique propre aux nouveaux entrants sur un marché. Ils diffusent le goût de l’effort, partagé par des équipes réunies autour d’objectifs communs. La taille humaine de leur structure donne un sens à l’action de chacun de leurs employés. Leurs réalisations, qu’elles soient à vocation économique, associative, artistique ou humanitaire, recadrent bon nombre d’idées reçues.
Chercher du sens
Ainsi, l’entreprise ne menace ’est pas l’adversaire du salarié : elle lui apporte un emploi, un revenu, une possibilité de formation et de progression. Le salarié ne cherche pas nécessairement plus de sécurité et moins de travail : il cherche également du sens et de l’épanouissement dans sa profession. Le chef d’entreprise n’est pas l’adversaire de l’employé : leurs intérêts sont liés, le succès de l’un portant celui de l’autre.
L’entreprise ne menace pas la cohésion sociale : elle participe au financement de la collectivité et à la modernisation de nos services publics ; elle peut jouer un rôle clé pour encourager le développement durable et l’intégration. Le temps presse, la France a du retard. Un million de PME supplémentaires seraient nécessaires pour atteindre la densité entrepreneuriale de la Grande Bretagne ou de l’Italie. Les 13-25 ans d’aujourd’hui seront entrepreneurs demain. Ils contribueront à résoudre une partie problèmes auxquels leur génération sera confrontée, dont le chômage (nos PME comptent en moyenne 7 salariés, contre 19 aux Etats-Unis ; atteindre une moyenne de 10 salariés par PME éliminerait le chômage en France). Ils apporteront également des réponses aux questions de précarité, d'intégration, d'innovation, de financement des retraites, de réduction de la dette et des déficits publics. Donnons-leur envie d'entreprendre, pour leur avenir et celui de leur pays.
Philippe Hayat
Chef d’entreprise, auteur de « L’entreprise, un acteur clé de la société » (Ed. Autrement 2006)
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